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Discours de Pierric Annoot à la fête de l'Humanité Gironde

le 01 juin 2012

     
     

    Chers amis, chers camarades,

    C'est un immense plaisir d'être ici avec vous pour cette fête de l'Humanité Gironde, la première après la fin de l'ère Sarkozy.

    Et depuis deux semaines, on respire mieux!

    L'élection de François Hollande à la présidence de la République pour laquelle le Front de Gauche a été déterminant ouvre une nouvelle période politique et un espoir.

    Notre soulagement le 6 mai au soir était immense. Enfin, nous avions mis Sarkozy dehors après 10 ans de règne de la droite et 5 ans d'une présidence brutale, méprisante à l'égard de notre peuple, 5 ans d'une présidence de régressions inouïes ou nous avons du résister de toutes nos forces aux coups portés.

     

    Car cette victoire s'est construite bien avant le 6 mai.

    Elle s'est forgée dans toutes les luttes que nous avons su mener ces dernières années. Que ce soit avec l'énorme mouvement social contre la fin de la retraite à 60 ans, dans la mobilisation contre la privatisation de la poste, le travail permanent de tous les militants associatifs, syndicaux et politiques contre les expulsions de sans-papiers, pour la régularisation des travailleurs sans papiers, contre la politique ignoble du ministère de l'Immigration et de l'identité nationale.

    Cette victoire s'est forgée dans toutes les luttes contre les délocalisations, pour les salaires, pour les droits des travailleurs. Elle a été rendue possible avec les luttes des étudiants contre la privatisation des universités, celle des lycéens et de l'ensemble des jeunes contre la casse de l'éducation nationale, celles du secteur de la santé contre la casse de l'hôpital public...

    C'est à tous ces militants du quotidien qu'il faut adresser les premiers remerciements. Les luttes ont été âpres, parfois victorieuses, souvent écrasées par une répression féroce, mais jamais inutile.

    Ce sont autant d'idées, de forces, de détermination à ne pas céder que tous ensemble nous avons semé pendant des années.

     

    Cette victoire a aussi été possible et réalisée par une dynamique de rassemblement à gauche. Sans le Front de gauche, sans l'émergence d'un rassemblement politique nouveau, unitaire, indépendant et autonome, sans les 4 millions de suffrages obtenus par notre candidat commun, Jean-Luc Mélenchon, sans la magnifique campagne marquée par une irruption citoyenne et populaire qui a été très largement reconnue comme l'événement marquant de cette élection présidentielle, sans les propositions de notre programme, l'Humain d'abord, sans notre engagement clair et déterminé entre les deux tours, nous serions aujourd'hui à découvrir la composition du premier gouvernement du second quinquennat de Nicolas Sarkozy.

    S’il faut célébrer la défaite du président des riches, il faut aussi prendre conscience des dégâts de sa politique faite de régressions sociales et démocratiques. Clairement, ce bilan a été rejeté, mais les séquelles sont profondes et nous avons besoin d'une gauche forte pour aller à la reconquête sociale et idéologique.

    C’est au service de cette reconquête que nous devons mettre la dynamique créée par la campagne du front de gauche.

    C'est le premier enjeu du moment. Si le changement c'est maintenant, encore faut-il se donner les moyens de le réussir. Et pour changer nos vies, il faut s'émanciper des règles capitalistes.

    Est-il possible de faire autrement? Avec quels moyens financiers, démocratiques, avec quelle politique européenne? C'est à cela, dans le prolongement de la campagne d'éducation populaire menée lors de la présidentielle, qu'il nous faut répondre. Par des idées, des propositions, des solutions portées par le Front de gauche.

    Et alors que le G8 s’est conclu hier soir, il y a une illusion qu'il faut aider à lever : celle qui consiste à prétendre que l'on peut faire de la croissance au niveau de l'ensemble de la zone euro, tout en continuant de mettre en œuvre dans chaque pays les orientations du pacte européen de stabilité financière.

     

    Les grandes manœuvres sont engagées. Il faut s'y préparer.

    François Hollande s’est engagé à renégocier le Traité budgétaire et a promis d'ouvrir une « nouvelle voie en Europe » en proposant à ses partenaires européens un pacte qui allie la croissance à la restauration des comptes publics. Aujourd’hui il s’agirait en fait d’ajouter un texte sur la croissance à ce traité.

    Comme le souligne Patrick Le Hyaric dans l’humanité dimanche, en apparence, l’idée est séduisante. Mais l’idée centrale est de développer la croissance « par l’accentuation de la compétitivité du travail », donc une surexploitation du travail, de nouvelles déréglementations et attaques sur les salaires. Voilà donc une nouvelle idée : vouloir faire de la croissance avec de l'austérité!

    Car il en va de même avec le terme de « restauration des comptes publics » lorsque l'on sait que le traité budgétaire ôte toute souveraineté aux peuples pour décider des budgets publics.

    La priorité, pour restaurer les comptes publics ce n'est pas le désendettement à n'importe quel prix, c'est le développement d'activités sociales et industrielles utiles au progrès humain et à l'avenir écologique.

    C'est la reprise du contrôle du secteur bancaire et financier en Europe pour court-circuiter les marchés financiers. C'est l'augmentation des salaires.

    Nous ne résorberons pas la dette en pratiquant des saignées sociales qui tuent le malade pour assouvir les vampires de la finance.

    Nous devons fermer les robinets qui abreuvent les rentiers et ouvrir le crédit pour répondre aux besoins d’un nouveau développement social, industriel, écologique.

    C’est avec ces logiques sur lesquelles s'est développé le capitalisme mondialisé qu’il faut rompre, en cessant d’encourager la croissance financière et spéculative contre la réponse aux besoins d’un développement humain juste et solidaire. 

    La vraie bataille n’oppose pas les « bons » gestionnaires aux laxistes.

    Bien « gérer » le nez collé à la note triple A, c’est s'assurer d'aller droit à la catastrophe.

    Le prétendu « réalisme » de ceux-là n’est en fait que du fatalisme et de la résignation devant le pouvoir mortifère des puissances d’argent.

     

    Le défi principal pour la gauche sera sa détermination à reprendre le pouvoir sur les marchés financiers.

    Je parlai de faire grandir la dynamique du Front de Gauche pour la mettre au service du changement. Et bien, regardons déjà ce que nous avons réussi à faire bouger à gauche sur ces questions!

    Mr le premier ministre Jean-Marc Ayrault déclarait hier dans une interview à libération : « Toutes les pistes devront être étudiées lors du sommet européen du 23 mai, qui devra envoyer un signal fort au peuple grec »

    Il ajoute : « La question de prêts directs de la Banque centrale européenne (BCE) aux États en difficulté, évoquée par François Hollande pendant la campagne présidentielle, fera notamment partie des discussions »,

    bien sûr nous n'en sommes pas encore aux actes! Et les premières annonces de Hollande au G8 doivent nous inciter à mettre la pression pour clarifier le débat.

    Mais alors que le FDG était le seul au début de la campagne à déclarer que la première urgence était de permettre les prêts directs de la BCE aux états, voilà maintenant que cette idée fait son chemin.

    Mr Ayrault ajoute : « Il n'y a aucun sujet tabou. L'objectif est d'ouvrir un chemin pour sortir de la crise sans étrangler les peuples. » Et il parle ensuite d'une stratégie de relance de l'activité que nous étions les seuls à proposer il y a 6 mois!

    Alors bien sûr le compte n’y est pas et derrière le nouveau mot à la mode de « croissance » se cachent de mauvaises surprises.

    Mais entre un François Hollande qui déclarait en décembre dernier vouloir donner du sens à la rigueur et ces déclarations de Jean Marc Ayrault il y a une différence!

    Et bien cette différence ce sont les 4 millions de voix pour le front de gauche au premier tour!

    Si pour Hollande entre austérité et relance son cœur balance, faisons le battre à gauche!

     

    Et pour finir, notre premier ministre estime que la marge de manœuvre du gouvernement français dans les négociations européennes dépendra de la réussite de la gauche aux élections législatives de juin. « Plus l'appui politique des citoyens sera fort aux législatives, plus nous pourrons agir », dit-il.

    Et bien alors, nous savons ce qu'il nous reste à faire! Continuer à appuyer fort, très fort, en élisant un maximum de députés du front de gauche à l'assemblée nationale!

     

    Oui, refondons l’Europe. Que la gauche ait le courage d’élever la voix de la France pour cela, et nous lèverons l’espoir chez tous les salariés, les syndicalistes, les indignés d’Europe.

    Oui, la gauche doit être au rendez-vous et ne pas décevoir. La victoire de François Hollande a été courte et 10 ans d’une droite à la recherche de son extrême ont profondément marqué le paysage idéologique avec en toile de fond une crise historique.

    Pendant 1O ans, toute l’énergie que nous avons mise à résister doit maintenant être consacrée à construire du neuf.

    Les défis sont grands, mais le front de gauche et le vent qui se lève en Europe contre les gouvernements de l’austérité sont un formidable espoir pour l’avenir.

     

    Pour la première fois depuis 10 ans, en sortant Sarkozy nous avons l’opportunité d'être la génération qui ouvre la voie à de nouvelles conquêtes sociales, et notre soif de changement ne s'accommodera pas de discours « raisonnables » pour nous faire patienter.

    Diminuer les salaires du président et des ministres est un premier geste salutaire, mais augmenter le SMIC à 1700 euros et les salaires est le seul acte conséquent qui puisse être entendu.

    Augmenter la prime de rentrée scolaire est une première urgence, mais elle doit aussi être suivie par d’autres mesures.

    Bloquer temporairement les prix de l’énergie est une nécessité immédiate, mais insuffisante si on ne s’attaque pas à imposer par la loi une autre répartition des richesses tout en impulsant une autre manière de les produire.

    Le nouveau président a proposé des contrats de génération avec baisse des cotisations sociales patronales, des contrats d'avenir « pour faciliter l'insertion des jeunes dans l'emploi (...) en priorité dans les quartiers populaires », 60 000 emplois dans l'éducation nationale, mais à budget constant, c'est à dire au prix de la suppression de 60 000 emplois ailleurs dans les services publics.

    En matière d’emploi des jeunes la bonne vieille recette appliquée depuis 30 ans qui consiste à exonérer de cotisations une entreprise pour qu’elle embauche un jeune, non seulement ne fonctionne pas, mais reste enfermé dans un schéma de penser insoutenable! Au nom de quoi une entreprise devrait-elle recevoir un cadeau pour embaucher un jeune!? Au nom de quoi devrait-elle avoir un cadeau avec un emballage encore plus beau pour embaucher un jeune d’un quartier populaire!? Ces jeunes seraient-ils moins « employables » que les autres!?

    Certes, nous avons bien conscience que les ruines laissées par 10 ans de pouvoir de droite sont considérables et que tout est à reconstruire pour une génération qui a volontairement était enfermé dans la précarité au nom des profits.

    Mais pour répondre à cette urgence, nous ne pouvons nous contenter de mesures parcellaires ou de dispositifs d'exceptions.

     

    L'enjeu pour notre génération est de commencer par lui donner les moyens d'étudier dans les meilleures conditions, d'en finir avec les inégalités scolaires qui ont explosé.

    L'enjeu pour notre génération est d'en finir avec les mille feuilles de contrats de travail précaires qui sont aujourd'hui devenus la norme, en nous donnant les moyens de pouvoir choisir un travail stable et bien rémunéré.

    L'enjeu pour notre génération est qu'enfin nous puissions accéder à tous les droits fondamentaux, mais dont la majeure partie d'entre nous est privés. Le droit au logement, aux transports, l'accès aux soins, à la culture, à l'exercice de la citoyenneté.

    L'enjeu pour notre génération est d'en finir avec 10 ans de loi sécuritaires, liberticides et de répression permanente.

    L'enjeu, enfin, pour notre génération est de lui donner les moyens de construire sa vie et ses projets d'avenir délivré du chômage et libéré de la loi du marché.

    Ces ambitions sont inscrites dans une loi cadre que nous avons co-élaborés avec Marie George Buffet et le groupe des députés communistes et du parti de gauche.

     

    Là aussi, pour mettre en œuvre les propositions de cette loi, il faudra s'attaquer au nerf de la guerre, sinon elle ne sera qu'une lettre au père Noël!

    Car dans cette période où les finances publiques sont soumises à la pression des marchés financiers, deux attitudes seront alors possibles.

    Soit le gouvernement baisse les bras et se soumet aux injonctions des puissances de l’argent, soit il fait le pari d’une profonde transformation économique, institutionnelle et sociale adossée à deux principes : la démocratie et la solidarité.

    Il n’est pas possible, en effet, de continuer à orienter l’argent vers la spéculation et vers les plus riches et, dans le même temps, de se dégager les moyens nécessaires au financement de cette proposition de loi.

    Mais en réorientant l’argent de la finance vers l’emploi, les salaires et les services publics, un horizon nouveau s’ouvre pour la jeunesse et pour le reste de la population. C’est de ce souffle nouveau dont notre pays a tant besoin que cette proposition se veut être porteuse.

    Pour cela, la simple alternance entre deux présidents ne suffira pas si elle ne s'accompagne pas d'une véritable alternative politique.

     

    Le deuxième enjeu pour réussir le changement, c'est de se débarrasser de ceux qui nous divisent pour empêcher les peuples d'Europe de prendre leur destin en main.

    Et pour cela il faut nettoyer le terreau du FN rendu fertile par la droite, car demain il sera trop tard pour pleurer sur la flambée de l'extrême droite.

    Le combat contre les idées d'extrême droite et le fond de crise qui les fait grandir ne peut plus attendre et tout le monde à gauche doit s'en emparer.

    À toutes celles et à tous ceux qui, dans la souffrance, dans la peur, se laissent convaincre, nous continuons de dire clairement : regardez ce qui vient de se passer pendant l’entre-deux tours de la présidentielle quand le FN retrouve ses hauts scores! Finie, dans le débat politique, la responsabilité des capitalistes qui s'en mettent plein les poches! Finie la mise en accusation des actionnaires qui pompent les richesses du travail! Exit les causes réelles de la crise capitaliste en Europe! Non, il ne reste qu'un ennemi commun à la droite et à l'extrême droite : les immigrés!

    Quand le Front national est là, la lutte des classes, celle que Sarkozy fustige, « n'existe plus ». Seule demeure la guerre entre les travailleurs, et le capital peut dormir sur ses deux oreilles. Et voilà les petits commis, avec Gérard Longuet en éclaireur, qui ressuscitent les possibles alliances droites-FN.

    Oui, ouvriers, employés, travailleurs de France ne vous trompez pas, Sarkozy et Le Pen servent le même camp. Celui de tous les dangers pour ceux qui vivent de leur travail!

    Qu'on ne s'y trompe pas, si Marine Le Pen se fait l'ardente défenseuse de la laïcité, s'invente une fibre sociale et transcende le clivage gauche droite en un clivage nation contre mondialiste c'est pour mieux évacuer le débat sur les véritables responsables de la crise et les solutions pour en sortir.

    Il faut dire que le terrain lui a été bien préparé ces dernières années.

    Car la folie de Sarkozy a aussi modifié en profondeur l'état même du débat politique.

     

    Rappelez-vous, à chaque fait divers sa nouvelle loi quitte à tomber dans l'absurde. Gouverner par l'émotion, faire appel aux pulsions plutôt qu'à l'intelligence telle est la pratique de Sarkozy pour dresser les gens les uns contre les autres, pour justifier les recules présentés comme du progrès.

    L'état même des consciences et de la capacité critique individuelle et collective s'en trouve complètement bouleversée.

    Tous les secteurs du savoir, de la recherche, de la pensée, du lien social, producteurs de connaissance et de débats publics ont fait l’objet d’attaques massives, révélatrices d’un nouvel anti-intellectualisme d’État.

    C’est à la mise en place d’une politique extrêmement cohérente que nous avons assisté. Déjà en 2004 un collectif d'intellectuels nous alertait sur les conséquences de cette politique :

    « Une politique d’appauvrissement et de précarisation de tous les espaces considérés comme improductifs à court terme, inutiles ou dissidents, de tout le travail invisible de l’intelligence, de tous ces lieux où la société se pense, se rêve, s’invente, se soigne, se juge, se répare.

    Une politique de simplification des débats publics, de réduction de la complexité : pour ou contre le voile? Psychiatres ou charlatans? Un policier dans chaque école ou des professeurs laxistes? Juges de gauche ou flics sévères? France d’en bas contre élites savantes? Bons Français méritants contre jeunes et immigrés assistés? Laïque ou musulmans intégristes? Prof mécréant ou curé méritant?

    Les chômeurs : fainéants ou profiteurs? »

    Depuis 10 ans, la liste est longue des compétences et savoirs pratiques méprisés, des débats raccourcis, amputés de leur épaisseur et de leurs contradictions fécondes.

    Cette guerre permanente à l’intelligence et à nos droits est un fait sans précédent dans l’histoire récente de la nation.

    Dix ans d'offensives réactionnaires, avec un flot de discours et de lois ultra-sécuritaires, xénophobes et racistes. Racisme d’État et chiffon rouge de la paranoïa 24/24. Stigmatisations, divisions, diversions, des Roms aux musulmans qu'il se dit capable de reconnaître à leur « apparence » et qu'il traite de « communautaristes »; en passant par les fonctionnaires, les syndicalistes ou les Auvergnats à casquette à l’envers : tout a été bon pour casser les solidarités, étouffer les résistances et faire monter la haine contre son voisin pour mieux camoufler le CAC 40 et faire passer la maquerelle Parisot pour la bonne mère des peuples.

    Oui, si Nicolas Sarkozy a bien eu quelque chose de rouge entre les mains ce n'est effectivement pas un drapeau, mais le bouton nucléaire de la guerre sociale

     

    Ce discours, cette pratique du pouvoir sur fond de chômage de masse, d'affaiblissement des services publics de relégation territoriale à fait des ravages.

    Et pour voir la réalité de ce que défend Le Pen et le combat commun qu'elle mène avec l'UMP, il n'y a qu'à regarder de plus près :

    « Marine Le Pen dit : “braves gens, avec moi, votre salaire, c’est +200 €”; en fait, comme elle les prend sur les cotisations sociales, c’est directement sur notre santé qu’elle se sert. Avec Marine Le Pen, on ne remplit sa poche gauche qu’à condition de vider sa poche droite.

    La santé ou le salaire, il faut choisir parce que pas touche aux profits patronaux! »

    Ou encore « les immigrés, les immigrés, les immigrés qui nous coûtent tant… Est-ce que Marine Le Pen a regardé un peu les comptes du pays? Est-ce qu’elle est au courant la Le Pen? On l’a prévenue que les immigrés rapportaient tant aux comptes de l’État? Il faut se réveiller et arrêter de rêver sur les mémoires du maréchal Pétain : l’immigration, ça ne coûte pas, ça rapporte! »

    En 2009, les immigrés ont reçu de l’État 47,9 milliards d'euros (retraites, aides au logement, RMI, allocations chômage et familiales, santé...).

    Sur la même période, ils ont reversé à l’État des sommes bien plus importantes : impôt sur le revenu 3,4 milliards d'euros; impôt sur le patrimoine 3,3 milliards; impôts et taxes à la consommation 18,4 milliards; impôts locaux et autres 2,6 milliards ; CRDS et CSG 6,2 milliards; cotisations sociales 26,4 milliards. Soit un total de 60,3 milliards d'euros. On obtient un solde positif de 12,4 milliards pour l’État.

     

    Marine Le Pen dit encore : « La fraude sociale sera combattue en sécurisant les cartes vitales et toutes les aides sociales pour les fraudeurs récidivistes seront supprimées.

    Mais MLP se concentre sur une branche et oublie la forêt de la fraude fiscale, de la    fraude patronale.

    Elle n’oublie pas la pauvre diablesse qui se fait rembourser trois fois 5 € pour sa rage de dents, mais par contre, mamie Liliane Bettencourt peut dormir tranquille dans son île. MLP n’ira pas lui courir après…

    N'en déplaise à Le Pen, Nicolas Sarkozy et François Fillon tout à leur chasse à “l'assisté”, ce sont les entreprises, et non les assurés sociaux, qui causent le plus lourd préjudice financier à la Sécurité sociale.

    Sur l’ensemble de la Sécurité sociale, selon un rapport, déposé fin juin à l'Assemblée, par le député UMP Dominique Tian, la fraude aux prestations s'élèverait de 2 à 3 milliards d'euros. Soit, au plus, 0,5 % du total des prestations. Tandis que la fraude aux cotisations des entreprises, serait 4 à 5 fois plus coûteuse : entre 8 et 15,8 milliards d'euros, relevant essentiellement du travail dissimulé.

    Les grandes marques de l'habillement en sont particulièrement coutumières, en recourant à des ateliers clandestins.

     

    En matière de logement social, MLP propose qu’à situation égale, le logement soit d’abord proposé aux personnes ayant la nationalité française. Et voilà! La aussi, pas un mot sur la pénurie de logements sociaux, sur la nécessité d'un grand service public du logement pour mettre fin à la spéculation!

    Elle propose aussi de supprimer ce qu'elle appelle “Les pompes aspirantes de l’immigration clandestine, telle que l’Aide médicale d’État, réservée aux migrants clandestins et qui leur permet de se faire soigner gratuitement en France.”

    Là aussi ça fait froid dans le dos! Jean Luc Mélenchon avait déjà alerté pendant la campagne présidentielle sur l'ignominie et l'irrationalité de ce raisonnement!

    Aujourd’hui, des maladies qu’on croyait disparues (tuberculose, etc.) se développent parce que nous n’avons plus les moyens de nous soigner. Imaginez si on s’interdisait de soigner les étrangers! Quand un étranger tomberait malade, on ne le soignerait pas, mais, heureusement, les microbes, eux, comprendraient tout et éviteraient soigneusement de contaminer un Français en règle!

    Et non, madame Le Pen, les microbes, même après 5 ans de Sarkozy et 17 lois sécuritaires ne sont pas encore habilités à pratiquer les contrôles d’identité! le droit à la santé doit être universel et inaliénable!

    Et en matière d'emploi c'est pareil pour la Le Pen la solution c'est la préférence nationale! Mélenchon avait raison de la qualifier de semi-démente! Avec cette haine de l'autre qui l'obnubile, pour la salubrité du débat politique, nous serions même prêts à l'aider en l'obligeant à consulter un psy plutôt que de consulter les citoyens aux élections!

    En fait Marine Le Pen nous met la préférence nationale à tous les étages pour nous cacher sa préférence indéfectible pour le capital!

     

    Voilà donc pour terminer le troisième enjeu de la période : donner de la force au front de gauche pour réussir à surmonter ces défis, pour que la gauche réussisse à changer nos vies.

    Demain, nous voulons des députés Front de Gauche partout pour des députés FN nulle part!

    Oui, face à l'austérité à perpétuité, nous serons la garantie d'ancrage de la nouvelle majorité à gauche, et la force de proposition pour un nouveau mode de développement solidaire, social, démocratique, écologique.

    À toutes les électrices et à tous les électeurs qui ont permis la victoire le 6 mai, nous disons : ensemble, garantissons la victoire, prolongeons-la dans une politique de gauche audacieuse, capable de nous sortir de la crise. Ensemble, ne nous laissons pas voler la victoire.

    Chaque voix pour le Front de gauche, chaque député(e) du Front de gauche élue(e) à l'Assemblée nationale, sera l'assurance que changent nos vies, vers plus d'égalité, de justice, de fraternité.

    Ensemble, avec le vote Front de gauche, avec de nombreux députés, avec un groupe Front de gauche » : transformons le coup de pouce au SMIC en coup d'épaule dans les coffres-forts du CAC 40; assurons que, pour la première fois en Europe, un gouvernement ose remettre à l'ordre du jour la retraite à 60 ans; garantissons que pour le droit de vote des étrangers, cette fois, la main ne tremble pas; garantissons que pour adopter la loi contre les licenciements boursiers, comme la loi-cadre pour les jeunes, cette fois, la main ne tremble pas; donnons-nous la force – quand la droite et l'extrême droite se déchaîneront, de voter en faveur des services publics de l'école et de la santé, de la protection sociale et de l'emploi, les moyens sans lesquels l'avenir du pays est compromit.

    L'enjeu des prochaines semaines et de l'élection législative de juin consiste à laisser grande ouverte la porte du changement. À ne pas accepter un horizon rabougri. À tout faire pour qu'émergent, dans une démarche prenant appui sur le mouvement syndical et associatif, dans un processus dont le moteur doit rester l'intervention populaire et citoyenne, les solutions pour une sortie de crise.

    Depuis dix ans que l'UMP est majoritaire à l’Assemblée nationale, ce sont les marchés financiers qui ont pris le pouvoir dans le pays. Dix ans de lois en rafales pour déréglementer l'économie, pour dynamiter le droit du travail, pour baisser les impôts des plus riches, pour détruire les services publics, pour multiplier les dispositifs d'emplois précaires pour les jeunes... Dix ans de lois ultra-sécuritaires pour nous bâillonner.

    Après avoir mis un terme au désastre de l'ère Sarkozy le 6 mai dernier, la gauche peut à nouveau être majoritaire. De la composition de cette future majorité à l'Assemblée nationale dépendra la qualité des lois qui seront votées.

    Et j'en profite pour dire un dernier mot sur la Palestine. Demain, élire des député(e)s du front de gauche, c'est aussi élire ceux qui se battront pour la reconnaissance d'un État palestinien viable et indépendant dans les frontières de 1967 et dans le respect du principe du droit au retour des réfugiés. Ils agiront activement en ce sens dans toutes les sphères diplomatiques, pour mettre fin au non-respect des résolutions de l'ONU, pour la libération des prisonniers palestiniens, comme ils se sont battus pour Salah Hamouri, pour la destruction du mur et la fin du blocus illégal de Gaza.

    Alors les 10 et 17 juin, prenons le pouvoir à l'Assemblée pour faire passer l'humain d'abord!

     

    Discours prononcé le 20 mai 2012.
    Photo de Quentin G.

     

    Discours de Pierric Annoot à la fête de l'Humanité Gironde