Un président contre la laïcité
Nicolas Sarkozy multiplie les déclarations douteuses. En grand historien, il proclame : « La France a des racines chrétiennes » (Rome, décembre 2007). Chacun sait bien sûr que la France ne doit rien à ceux qui ont eu le malheur de naître avant le baptême de Clovis ! Quant à Diderot, Voltaire ou les révolutionnaires de 1789, il faut croire que Nicolas Sarkozy ne les connaît pas… Il paraitrait aussi qu’« au fond de chaque civilisation » dominerait le religieux (Riyad, janvier 2008). Quelles conclusions en tirer quant à la place réservée dans notre civilisation soi-disant « chrétienne » aux musulmans, aux juifs ou aux athées ?
Premier chantier : l’éducation Made in Vatican...
« Dans la transmission et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur » déclarait Sarkozy en décembre 2007 à Rome. Tout un programme ! Hors de l’Eglise, point de salut... Ses paroles ne sont pas restées au Ciel bien longtemps : il y a quelques mois, la France et le Vatican ont conclu un accord permettant que les diplômes des instituts catholiques contrôlés par le Vatican soient reconnus au même titre que les diplômes délivrés par les universités publiques. Quand on sait le refus farouche des écoles religieuses aux Etats-Unis d’enseigner les théories de l’évolution héritées de Darwinn, on imagine avec effroi le contenu d’une licence biologie made in Vatican. Science et religion ne sont pas à mélanger. Chacun chez soi : « l’Eglise chez elle ; l’Etat chez lui » disait avec une grande sagesse Victor Hugo.
Le pire est à venir ! Le rapport Machelon en embuscade
Alors qu’il était ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy avait commandé au professeur de droit (très) à droite Jean-Pierre Machelon un rapport sur la laïcité. Ce rapport prévoit rien de moins que la possibilité pour l’Etat et les collectivités territoriales (ville, département, régions…) de financer des Eglises (associations cultuelles, qui deviendraient d’ailleurs de simples associations « culturelles »). Alors que l’argent public provient de nos impôts et qu’il est donc précieux, est-il tolérable et juste de faire payer 8 millions de musulmans pour la nouvelle soutane des moines du Bec-Hellouin ou 16 millions d’athées pour les campagnes anti-avortement de communautés religieuses ? C’est plus qu’une entorse au principe de séparation des Eglises et de l’Etat, c’est sa négation : la laïcité est attaquée de front. La question religieuse n’appartient pas à la sphère publique, elle relève de la foi personnelle que chacun est libre d’avoir ou non. Pas de mélange des genres !
Laïcité : une voie à continuer !
Face à toutes ces attaques, il faut au moins maintenir les acquis durement conquis. Nous exigeons le retrait de toutes ces dispositions qui attaquent directement la laïcité, au premier rang desquelles, l’accord Vatican-France sur les diplômes.
La laïcité, qu’est-ce que c’est ?
La laïcité, c’est la reconnaissance de la liberté de conscience. C’est la possibilité reconnue à tous et chacun de croire en Dieu ou de ne pas y croire, de croire en Allah, Jésus, Yahvé, Bouddha, Vishnou ou toute divinité sans être inquiété pour cela. Ce n’est pas une guerre contre les religions ! C’est la possibilité offerte à tous, dans nos différences, de vivre ensemble. La laïcité, c’est aussi la séparation de la « sphère publique » et de la « sphère privée ». Le fait de croire ou de ne pas croire ne relève que de cette dernière. C’est pour cette même raison que l’Etat et les Eglises ont été séparés en 1905. La nécessité de cette séparation est au fondement de la laïcité.
Aller plus loin
On ne peut se contenter de revenir à la situation antérieure. Il faut continuer le combat de Jaurès : la bataille de la laïcité n’est pas terminée. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, la séparation des Eglises et de l’Etat n’est toujours pas appliquée en Alsace-Moselle (territoires occupés par l’Allemagne au moment de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat) ! 30 millions d’euros d’argent public partent donc tous les ans pour payer les prêtres, pasteurs, rabbins et autres archevêques. C’est inadmissible ! Enfin, se décidera-t-on un jour à aller vers un service public d’éducation unique, c’est-à-dire la fin des écoles privées, institutions inutiles et injustes ?