Sommaire :
- Ce que dit la loi CESEDA et ses conséquences idéologiques
- Ce que dit la circulaire du 13 juin 2006
- La conférence de Rabat
1- Ce que dit la loi CESEDA et ses logiques :
a) La loi CESEDA
Au même moment où le gouvernement se félicite des chiffres du chômage, il vient de faire passer la loi CESEDA, loi sur l’immigration jetable. Celle-ci devrait être applicable dès août.
Objectif affiché :
- Lutter contre l’immigration clandestine (en reprenant les idées du FN)
- Lutter contre une immigration subie en développant une immigration choisie.
Concrètement la loi Ceseda c’est :
1. Instaurer une immigration rentable et jetable. La France va désormais pouvoir trier et choisir parmi les « candidats » à l’immigration :
- Une main d’œuvre sous payée et sans aucun droit. Quand les besoins de l’économie capitaliste le demande, on va chercher des personnes fuyant la guerre ou la misère. Et quand on n’en a plus besoin, on les jette dehors ! Concrètement : Contrat de travail = carte de séjour. Tu perds ton job, tu gagnes une place dans un charter !
- Une élite, la crème de la crème des « candidats » à l’immigration. Concrètement, c’est le pillage des cerveaux ! On enlève aux pays du Sud, leur plus grande richesses : leurs intelligences ! Elles serviront à enrichir les pays du Nord qui exploiteront encore plus le reste du monde !
2. Détruire les valeurs et les droits fondamentaux à la personne humaine.
- Durcissement des conditions de regroupement familial. Les migrants n’ont-ils pas le droit de vivre en familles ? Avec leurs maris, leurs femmes, leurs enfants ?
- Durcissement des conditions du Droit d’asile : La France n’accueillera presque plus de réfugiés politiques, des personnes qui fuient les guerres et les dictatures.
- Organisation des traques systématisées : la chasse humaine est ouverte ! Les expulsions de toutes les personnes vont se faire à tour de bras sans regarder qui ils sont, où on les envoie…
3. Formaliser encore plus le racisme. La Loi Ceseda instaure un « Contrat d’accueil et d’intégration républicaine » obligatoire. C’est une obligation à formation civique et linguistique, mais aussi une évaluation arbitraire de l’engagement et des résultats des immigrés. Quelqu’un va « évaluer » si les migrants ont réellement l’intention de s’adapter à la France, et donc de renier qui ils sont, leurs cultures, leurs langages, leurs valeurs,… La France serait-elle trop belle pour ne pas mériter l’apport singulier et spécifique de chaque femme et de chaque homme ??? L’accueil des migrants doit se faire dans de bonnes conditions : partager et échanger ! Partager la langue française, échanger les cultures du monde, les savoirs et les savoir-faires pour s’enrichir mutuellement.
b) Les logiques
Avec la loi CESEDA, c’est un pas de plus dans le projet de la droite :
1. Toujours plus de concurrence entre les personnes :
- Concurrence entre étrangers car ceux-ci seront triés selon les besoins de l’économie capitaliste,
- Mise en concurrence des ouvriers étrangers avec les autres ouvriers et concurrence des chercheurs étrangers avec les autres chercheurs : cela risque de faire monter une fois de plus le racisme. Loin de l’idée que nous nous faisons de la France. La même logique guidait le gouvernement avec le CPE, il voulait mettre en concurrence les jeunes salariés avec les plus vieux. Une fois de plus, il cherche à mettre la pression sur une catégorie de la population pour baisser le coût du travail ainsi cela implique pour tous une baisse du pouvoir d’achat.
2. Marchandisation et déshumanisation :
Pour toute une partie de la population c’est la fin du droit au regroupement familial, droit à la vie privée, droit à la santé, droit à vivre normalement… Et ceci, en contradiction avec tous les principes constitutionnels reconnus dans notre pays. Avec cette loi, le gouvernement met en place une société de sans droit pour toute une partie de la population. Ainsi, en plus du coté économique s’ajoute un coté humain. C’est plus que la marchandisation c’est la déshumanisation des migrants, de l’étranger qui est mise en place par cette loi. Au travers de cette loi la droite applique tout son projet société à une partie de la population. Et dans son volet sociale aucun droit n’est reconnu à l’individu, à la personne humaine et ceci afin de la rendre exploitable. Pas de droit à la dignité, au respect, à l’épanouissement,…juste le droit de vivre dans la peur de l’expulsion, dans la peur de perdre son emploi...
La loi Ceseda est donc bien un maillon essentiel du capitaliste : broyer, diviser, dominer pour rester dans la course aux profits, à la rentabilité financière pour quelques-uns au détriment du plus grand nombre. Ni vision mondiale des co-développements possibles et de l’apport mutuel des peuples, ni vision historique sur la colonisation ; le gouvernement Chirac, Villepin, Sarkozy met en place dans la continuité une vision utilitariste des immigrés. La personne immigrée est ainsi vue comme force de travail et non comme personne, c’est une véritable marchandisation de l’individu.
2- Ce que dit la circulaire du 13 juin 2006
La grande mobilisation des associations, organisations, partis de gauche, syndicats, citoyens… a obligé le gouvernement à changer de ton : Sarkozy a édité une circulaire aux préfets le 13 juin. Celle-ci devrait permettre quelques régularisations d’enfants et de parents sans papiers sous différentes conditions : · L’enfant doit vivre en France depuis 2 ans · Il doit être scolarisé depuis septembre · et doit être arrivé avant ces 13 ans ce qui laisse de côté tous les lycéens et leur famille · La famille doit avoir une volonté d’intégration ce qui est une notion floue et arbitraire Cette circulaire devrait concerner 2000 personnes sur plusieurs dizaines de milliers : c’est une fois de plus une injustice car c’est le tri entre les sans-papiers. Pour notre part, nous réclamons la régularisation de tous les sans papiers et non pas des régularisation au cas par cas. Après une loi hyper répressive, le gouvernement essaie de paraître humaniste et crée de l’espoir envers de nombreuses familles qui ne souhaitent qu’une chose être régularisées, pouvoir travailler en toute légalité, et vivre dignement sans la peur du charter. De plus, un médiateur national, Arno Klarsfeld vient d’être nommé par Nicolas Sarkozy pour résoudre « humainement » les cas les plus litigieux de régularisations autorisés par la circulaire du 13 juin. Il vient d’annoncer qu’aucune expulsion n’aurait lieu avant le 13 août, dernier jour permettant le dépôt de dossier concernant la circulaire du 13 juin…
3- La conférence de Rabat :
Le sommet de rabat, réunissant des ministres européens et africains, avait comme objectif affiché un plan d’action organisant migration et développement. Ce sommet a mis l’accent sur deux volets, le premier économique et le second sécuritaire. Ces deux points constituent les piliers de la stratégie globale qui devrait être adoptée à l’occasion de ce sommet. On parie donc sur un développement de l’Afrique tout en permettant aux pays européens de continuer à puiser une main d’œuvre peu chère dans ce continent tout en contrôlant le flux migratoire. Dans le même esprit, le ministre des affaires étrangère du Sénégal, Cheick Tidiane Gadio, affirme que « seule la combinaison des mesures sécuritaires et la création de projet de développement peuvent venir à bout des drames humains provoqués par l’immigration illégale (…) Pour combattre efficacement l’immigration clandestine il faut renforcer la coopération policière et judiciaire tout en encourageant le développement des pays d’origine ». En opposition l’Algérie refuse d’entrer dans la problématique répressive européenne.
Ainsi la politique « d’immigration choisie » décidée par le gouvernement français au travers de la loi Ceseda voit désormais une portée mondiale lui permettant une application rapide avec l’aide de la plupart des gouvernements africains. Cependant quelques représentants africains, lors de ce sommet, exhortent les européens à prendre leur part de responsabilité dans le « désastre humains de l’immigration ». Ils demandent ainsi « aux gouvernements européens de mettre en place de vastes programmes de développement économique seuls susceptibles de fixer la population sur leur territoire ». Ceci se complétant avec l’organisation d’une immigration légale de longue durée, circulaire ou temporaire permettant de fournir aux pays d’accueil la main d’œuvre qui leur fait défaut et par la suite aux pays d’Afrique d’utiliser les compétences acquises par ces migrants dans leur pays en y évitant une fuite des cerveaux. Ainsi à l’occasion de ce sommet, on perçoit déjà des difficultés de compatibilité entre les mesures sécuritaires prônées par les politiques d’immigrations des gouvernements européens et l’exigence de programmes de développement économique avec un soutien européen exigé par les gouvernements africains, alors que les questions sociales et humaines relatives à l’immigration semblent être exclues de cette rencontre.