Ivry champion de France, ça représente quoi pour vous ? C’est d’abord la victoire d’un groupe, la récompense du travail effectué ces dernières années par les joueurs et l’encadrement. La fierté aussi d’avoir remporté ce titre, 10 ans après le dernier, d’avoir écrit une nouvelle page de l’histoire de notre club qui fête ses 50 ans en D1. Quand je repense à l’enthousiasme, à la ferveur qu’il y avait dans les tribunes de Delaune le soir du dernier match... C’était un vrai bonheur ! Ces moments d’engagement collectif, c’est un peu la nature d’Ivry, ville de lutte et de solidarité. On est fiers d’avoir fait triompher notre ville et les valeurs qui vont avec. Et puis, ce titre est important parce qu’il valide notre manière de travailler, nos valeurs : le respect des autres, le travail, l’humilité... C’est vrai que ce sont des termes galvaudés ces temps-ci, mais nous c’est vraiment ça, on travaille dans l’humilité, on n’est pas là pour écraser les autres. D’ailleurs notre palmarès, on l’a construit sur l’individu.
Que voulez-vous dire par là ? Je veux dire que, contrairement à d’autres clubs pour lesquels les joueurs sont un moyen, ici nous mettons l’individu au cœur du projet. Nous avons un centre de formation exceptionnel, dans lequel les jeunes se construisent au contact des meilleurs dans un double projet social et sportif. On les forme pour qu’ils soient les meilleurs à leur poste et qu’ils deviennent des adultes responsables. C’est ce qui a permis à Ivry de sortir de grands joueurs comme René Richard, Daniel Hager ou Luc Abalo. Et d’avoir cette année un groupe champion de France dans lequel 14 joueurs sur 17 ont été formés au club. Ce titre nous rend fiers de donner l’image d’une ville qui réussit.
Je vais être un peu provocateur... Ca ne fait pas un peu cliché, la réussite par le sport en banlieue ? Ca fait cliché pour ceux qui ne mettent pas l’individu au cœur de leur projet ! La réussite, ce n’est pas forcément de jouer en D1. Notre conception à Ivry, c’est que la réussite est dans l’épanouissement : quel que soit le niveau et l’intensité de la pratique, si tu te sens bien, voilà la réussite. D’où l’importance de favoriser la pratique du hand pour le plus grand nombre et de toutes les manières possibles. Le sport de haut niveau ne va pas sans le sport pour tous.
L’US Ivry semble un peu à contre-courant... Ne craignez-vous pas d’être emporté par la vague de l’argent si le handball venait à se développer ? Comme je l’ai dit, c’est ce choix à la fois de l’humain et du collectif qui nous permet d’être au meilleur niveau. Avec plus d’argent, nous travaillerions peut-être dans de meilleures conditions, mais nous ne ferions pas autrement. Ce titre de champion le montre : c’est nous qui sommes dans la bonne voie.
Entretien réalisé par Romain Marchand & Séverine Peter
Quand le fric prend le pas sur le sport
Quand les enjeux financiers prennent le pas sur les enjeux sportifs, ce sont les hommes qui painet cash la loi de l’exploitation. Malik Diaw, 20 ans, est un jeune footballeur malien, arrivé en France il y a 3 ans sur la promesse d’un agent véreux qui lui avait fait miroiter un contrat dans un club parisien. Aujourd’hui, il se retrouve sans papiers, sous la menace d’une expulsion. Toute la ville d’Ivry est derrière lui : la section football de l’USI, dans laquelle il est éducateur, les élus, les habitants du réseau de parrains et de marraines de sans papiers... Un appel de sportifs pour la régularisation de Malik a déjà recueilli plusieurs milliers de signatures, parmi lesquels Luc Abalo (international de handball) et toute l’équipe de l’US Ivry Handball, Christophe Guyot (champion du monde de moto endurance)... Plus d’infos sur interro_liens_callback