Introduction de la plénière sur les questions de discriminations
Présenté par Bojena Wrojciechowski
1. Actualité
Nous vivons dans un monde perturbé, dans un monde où des rapports de forces économiques créent des dominations inadmissibles et invivables… Nous abordons fréquemment la dimension économique qui est évidemment incontournable et essentielle dans le cadre d’une transformation internationale. Le débat d’aujourd’hui peut nous permettre d’aborder les questions des rapports individuels, des rapports entre les groupes ethniques, entre les peuples qui sont primordiaux. « Tout allait bien, tout allait bien » chante la compagnie Jolie môme à propos du 10 septembre 2001. Jusqu’à ce que la terrible civilisation arabo-musulmane se décide à entamer une guérilla terroriste contre les Etats-Unis et l’ensemble du monde libre judéo-chrétien. Je suis largement schématique, mais bien évidemment, c’est ce que les Etats-Unis veulent nous faire croire ou plutôt souhaitent construire ou utiliser pour maintenir, accentuer l’ordre des choses. Il y aurait donc un choc des civilisations, des cultures belliqueuses et antagonistes. Tout cela nous amène vers de terribles dérives. Le comportement américain en Afghanistan et en Irak témoigne d’une attitude supérieure, de comportements similaires à la colonisation. Les colons voulaient amener le progrès et le développement, les Américains et leurs complices amèneraient la démocratie… Et derrière tout ça, une véritable hiérarchisation des cultures et surtout une volonté de repli et de non mélange. Cette attitude produit une véritable fracture mondiale et favorise le développement des extrémismes de tout bord. Le choc des cultures doit nous interpeller, les violences produites sont terribles et ont des répercussions dans les sociétés comme la nôtre ou le débat sécuritaire, le débat sur le voile sont de véritables relais de cette politique internationale. D’autres dynamiques internationales doivent nous interpeller, la multiplication des conflits ethniques et le développement de conflits identitaires sont très inquiétants. Plusieurs exemples peuvent nous interpeller et nous demander une analyse fine. Le conflit en ex-Yougoslavie, en ex-URSS (avec des dynamiques particulières) mais également et particulièrement en Afrique. Le conflit en Côte d’Ivoire est marqué par la théorie de « l’ivoirité » qui définit un ordre ethnique dans ce pays, et encore je ne parle pas du terrible génocide rwandais. Ici, pas d’affirmations ou d’analyses hâtives, des événements se déroulent. Comment pouvons-nous les considérer pour mieux comprendre le monde ? Toutes ces tensions freinent les rencontres individuelles et les progrès. Comment réfléchir à ces questions ? Mustapha nous a parlé de la situation européenne. Je vous propose de ne pas y revenir dans l’intro mais plutôt dans le débat. La révolte des jeunes dans les quartiers nous interroge sur divers points… Le débat précédent y a consacré un moment. Je vous propose donc de nous concentrer sur le projet communautariste de la droite en France. Sarkozy symbolise particulièrement cette dynamique. Le débat sur la sécurité puis sur la laïcité pose la question de la tentative de création en France d’une communauté musulmane sur des bases négatives et fermées. Le message du gouvernement n’est-il pas de montrer que les jeunes issus de l’immigration maghrébine doivent faire le choix entre leur « francité » et l’intégration et entre leur « maghrebinité » et le port du voile. C’est assez schématique, mais c’est juste pour lancer un débat et réfléchir à toutes les dimensions des questions et affiner nos analyses et propositions. Sarkozy surfe sur la vague du sentiment anti-immigré. Il stigmatise avec ses compères, les étrangers et ceux qui sont issus de l’immigration. Il n’hésite pas, pour faire passer l’idée de sa société cloisonnée, à faire des propositions pseudo progressistes (droit de vote des résidents étrangers). D’autres événements ont marqué l’actualité mais le temps nous est compté alors passons à la construction.
2. Eléments de débats.
Face à la recrudescence dans le monde, en Europe et en France de problèmes et conflits liés à l’origine ethnique et à la non-reconnaissance ou à la stigmatisation des différences, le Mouvement Jeunes Communistes a produit et continue de produire nombre d’analyses. Il est primordial, dans la période que nous traversons, que cette Assemblée nationale des Animateurs revienne sur les termes du débat, à la fois au niveau de notre réflexion politique mais aussi au niveau de notre activité. Sans énumérer toutes les actions et les initiatives que nous avons pu mener ces dernières années, il est important de pointer les grands moments, les tournants dans la réflexion, et de dégager une critique, en bien ou en mal, de cette activité passée. En effet, depuis la lutte pour la libération de Nelson Mandela et la fin de l’Apartheid, véritable lutte identitaire de la JC, que se passe-t-il à la JC sur les questions qui touchent au vivre-ensemble ? Je l’ai dit, la lutte pour la libération de Mandela a été une lutte identitaire parce qu’elles portaient des valeurs fortes, incontournables dans le projet des Jeunes communistes : solidarité, émancipation humaine, développement juste du monde entier, anti-racisme, anti-colonialisme…C’est tout cela que nous avons su porter sans jamais nous égarer, sans jamais perdre une de ces valeurs de vue. Notons en passant que c’est certainement la dernière bataille que nous avons gagnée sur ces questions… Lutte contre les lois Pasqua-Debré… Depuis, on peut distinguer des étapes dans l’activité de la JC. Tout d’abord, la campagne initiée en 1998 pour le droit de vote des résidents étrangers et pour la reconnaissance d’une véritable citoyenneté de résidence. En 1998, pendant que se jouait la Coupe du monde de football avec une équipe de France qu’on a vantée pour sa « multiculturalité », nous étions très en avance sur cette thématique, peu portée ou peu assumée par les autres forces politiques. Nos souvenirs, pour celles et ceux qui ont mené cette bataille, nous rappellent un très fort écho chez les jeunes, qui étaient totalement révoltés de l’injustice faite aux résidents étrangers et étaient plus que favorables au droite de vote. Nous avons mené cette bataille avec acharnement. La pertinence de notre argumentation résidait moins dans un mélange de charité et de compassion que dans l’exigence de citoyenneté et de démocratie. Ainsi se dégageait l’idée que quiconque vivant sur le territoire français participait de ce fait à la vie du pays et avait donc le droit de participer à sa vie publique. L’idée donc que chacun compte pour un, à partir de ce qu’il est, de ses parcours, de ses expériences, dans l’élaboration de la vie collective, de la vie en société. Ensuite, il y a bien sûr eu le 21 avril 2002. Il ne s’agissait pas pour la JC d’un coup d’essai face au F-haine, et face aux développements du populisme en France, en Europe et dans le monde. En 2000, nous avons largement participé à la protestation en France de l’élection de Jorg Haider en Autriche. Bref, je ne reviens pas sur les faits, le 21 avril 2002 est, j’en suis sûre, encore tout frais dans nos mémoires. Notons que nous avons eu une réactivité exemplaire, une capacité aussi à produire une véritable colère, que nous avons parfois du mal à conserver. En effet, nous avons du mal parfois à être réellement révoltés, passionnés. Nous avons également su rapidement dégager une analyse de la situation, proposer aux jeunes de nombreux espaces (manifs et discussions partout où c’était possible). Revenons ensemble sur plusieurs points d’analyse qui semblent intéressants à redonner aujourd’hui sur les raisons profondes qui ont donné lieu à ce véritable cataclysme. La politique menée par la gauche au pouvoir n’a pas su répondre aux exigences populaires et sociales et aux ambitions de notre époque. Le vote Front National répond donc à cette envie de quelque chose de nouveau, que la gauche dans son ensemble ne parvient pas à proposer. Le second point réside évidemment dans le racisme latent d’une société française qui ne travaille pas assez sur la manière dont elle envisage les rapports entre les individus, les modalités de la vie collective. Le vote Front National répond également à une peur du vide identitaire, ce « parti » étant le seul à proposer un repère, une possibilité de se définir dans un collectif commun. Dans la droite ligne des élections présidentielles, et du très dur débat sur la sécurité, nous avons eu de nombreuses discussions sur la loi sur la laïcité. Au lieu de discuter de la notion de laïcité sur le fond, le débat médiatique et gouvernemental a pris un point de départ auquel nous n’avons pas su échapper : la polémique sur le voile à l’école. De ce fait, les positions des Jeunes communistes, comme de tous les communistes et de toute la gauche, étaient loin d’être unanimes. Nous avons eu en Conseil National, dans nos fédérations, dans nos villes et nos quartiers, de grands débats pour ou contre la loi. Quand nous avons su prendre de la distance sur la question du voile, nous avons beaucoup réfléchi sur la notion de laïcité en tant que telle, pendant cette période de débat sur la loi de 1905. N’hésitons pas ce soir à en reparler entre nous, à confronter nos opinions, car ces questions et ce qu’elle posent en terme de définition de la laïcité, de définition des règles de vie commune à l’ensemble de la société restent d’actualité et peuvent nous aider à inventer dans notre projet les règles progressistes, révolutionnaires, bref, communistes, de vie que nous aimerions avoir dans une société idéale. Depuis ces débats, l’activité de la JC se résume malheureusement à des réactions locales et ponctuelles, principalement en fonction de l’actualité, notamment sur les questions de régularisation et de lutte anti-F-Haine. Quand on découvre un sans-papier ici ou là, quand un maire ou un élu d’extrême droite dépasse les bornes des limites, nous savons mener une action. Nous sommes donc encore trop souvent dans la réactivité. Notre activité de Jeunes communistes est donc tout à fait en dessous des enjeux de société qui se posent aujourd’hui. Nous n’avons que trop peu de travail continu, trop peu de vision à long terme.
Afin que chacune et chacun maîtrise mieux les termes du débat, nous voulons aujourd’hui redonner l’ensemble des éléments de notre projet sur le vivre ensemble. Il parait pertinent de revenir au Congrès où deux points de vue semblaient s’opposer. Aujourd’hui, avec le recul pris par chacune et chacun, je crois pouvoir dire que les deux visions exposées pour notre lutte contre le racisme ne s’opposent pas mais se complètent. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas pour nous ce soir de décider de changer nos orientations. Nous aurons bientôt un Congrès qui assumera ce rôle. Commençons donc la réflexion en échangeant tous les avis, tous nos doutes et nos préoccupations, nos désaccords de surface ou de fond. Ce Congrès nous a donc permis d’avancer sur le constat partagé d’une société où la persistance des rapports de domination pré existants au système capitaliste se superposent de manière complexe au rapport de domination de production capitaliste. Nous considérons que les constructions idéologiques, s’enracinant dans des siècles d’histoire et étant l’appui de l’amplification et de soumission à une idéologie capitaliste, ne peuvent disparaître sans aucun travail collectif, sans aucune volonté politique. Le racisme, le sexisme, l’homophobie, ETC., ne peuvent disparaître du jour au lendemain sans combat collectif spécifique sur ces dominations parce qu’elles nous ont été transmises par des siècles d’histoire, des siècles de constructions idéologiques et parce que le système capitaliste sait les utiliser, les amplifier, les mettre à son profit pour diviser, opposer, rendre caduc le rassemblement de toutes celles et tous ceux qui partagent objectivement les mêmes intérêts à renverser le pouvoir dominant. Ainsi, le rapport que chacune et chacun d’entre nous porte à l’altérité, à la différence est marqué de cet héritage idéologique pesant et jamais remis en question ainsi que d’une volonté politique de réactualiser en permanence l’infériorité de certaines catégories de population. Il apparaît donc impensable de réfléchir au projet Jeunes communistes sans s’attarder longuement sur ces constructions pour justement les déconstruire et élaborer les nouvelles modalités de la vie en commun. Il apparaît donc impensable de mener notre processus de transformation de société, d’agir pour un monde de justice et d’égalité, sans remettre en cause de manière particulière ces rapports de dominations. L’importance aujourd’hui plus que jamais est de construire le rassemblement qui donnera le rapport de forces favorables au peuple, à ses aspirations et donc à la transformation de la société, avec toutes celles et tous ceux qui en sont exclus.
L’actualité de ces derniers jours nous démontre à quel point tout est lié, et à quel point c’est bien tout le système qu’il faut changer. Cette situation, nous l’avons dit tout à l’heure, prend racine dans une situation économique et politique des plus destructrices. Elle prend également racine dans des choix politiques qui refusent à toute la jeunesse, mais aussi à toute la population, de se sentir appartenir à un collectif commun. Nos luttes contre le racisme et contre les discriminations atteignent une limite. Nous n’avons su jusqu’à aujourd’hui rassembler tous les jeunes pour combattre ces dominations. Nous n’avons su jusqu’à aujourd’hui les mettre à mal. Il nous faut donc améliorer nos argumentations et nos actions. Nous préciserons après-demain en atelier les détails de notre activité sur ces questions. Mais dès ce soir, nous devons réfléchir sur ce qui fonde notre anti-racisme. Je crois pouvoir dire que notre profonde rage contre les injustices en est un premier fondement. Comment, nous qui sommes si attachés à la justice, pouvons-nous accepter que des individus qui, comme chacune et chacun d’entre nous, portent quelque chose d’unique soient ainsi rejeter de la société parce qu’ils portent sur eux les marques de leur différence ? Cela nous est intolérable. De nombreuses organisations anti-racistes portent le combat sur la volonté de faire comprendre que tous les individus sont les mêmes, et donc qu’il n’y a pas lieu de rejeter qui que ce soit. « Nous sommes tous frères, nous sommes tous des êtres humains ». Ces affirmations, bien que partant de bonnes volontés humanistes, sont d’une part loin de l’être, et d’autre part loin d’être révolutionnaire. Y a-t-il quelque chose de plus déshumanisant que de renier l’individualité humaine ? Y a-t-il quelque chose de plus déshumanisant que de ne pas reconnaître ce qui justement est le commun des femmes et des hommes du monde entier, c’est-à-dire leur profonde particularité ? Y a-t-il quelque chose de plus anti-révolutionnaire que de porter une conception des relations sociales qui ne soit pas en rupture totale avec l’état des choses et avec les idéologies dominantes, libérales ? Pour notre part, nous voulons justement créer du commun à partir de ce qui nous est réellement commun : nos différences. Elles sont portées par certains sur leurs visages, mais c’est pour l’ensemble de la société qu’il faut les reconnaître, et non pour celles et ceux-là ! En affirmant les différences, nous ne sombrons pas dans un communautarisme qui vise à laisser chacune et chacun dans son coin avec ses différences ! Au contraire, c’est en l’affirmant pour toutes et tous que nous construisons le socle commun d’une société où chacune et chacun a l’espace d’exister et de s’exprimer. De plus, nous portons ainsi un visage nouveau du communisme du 21ème siècle, riche de ses enseignements des expériences passées où l’on a cherché à uniformiser tout le monde. Nous savons toutes et tous ici à quel point la construction de soi, de son identité, de son rapport aux autres est primordiale dans la vie d’une personne. Et ce, encore plus crucialement quand nous sommes jeunes. Comment construire dans notre société les espaces politiques et collectifs permettant à chacune et à chacun de se libérer de toutes les normes qui nous bouchent l’horizon des possibles ? C’est une question éminemment politique. Nous refusons d’être catalogués dans une seule et unique case. Ce qui compose chacune et chacun d’entre nous est vaste et multiple. Et le projet de société des Jeunes communistes ne peut pas ne pas se poser la question politique de la place de chacune et de chacun dans l’espace collectif. Qui ne sait pas ici à quel point aller au cinéma, à un concert, en cours, avoir des amis et des amoureux (ses), avoir une activité politique militante est ce qui rend la vie humaine et attrayante ? De la même manière que nous nous battons pour une égalité de droits et d’accès à la culture, à l’éducation, de la même manière que nous nous battons contre la culture dominante, pour une culture diversifiée, pour une complètement autre éducation, développant notamment l’esprit critique, de la même manière nous ne pouvons nous borner à construire une société qui ne pense pas l’espace offert aux citoyennes et aux citoyens de s’émanciper et de s’accomplir dans leur totalité ? Et ne croyons pas que la vie amoureuse, la vie amicale, que la définition de son identité culturelle, musicale, ou religieuse soient du domaine du privé. Nous savons toutes et tous à quel point les normes socialement définies nous pèsent dans, par exemple, notre orientation sexuelle. Le Mouvement Jeunes Communistes travaille depuis un certain temps sur la refondation d’une identité française qui soit le réel reflet de tout son peuple. La France d’aujourd’hui, comme celle d’hier, est totalement métisse. Il n’y a pas une seule personne en France qui puisse se définir comme étant un Français pure souche. Personne qui ne puisse expressément se définir comme hétérosexuel pur… Parce qu’aujourd’hui, la négation de cette réalité a été portée à son paroxysme, allant même jusqu’à définir des jeunes français toujours comme étant issus de l’immigration alors que nous en sommes à la troisième génération, il y a urgence à définir collectivement une identité française, européenne, mondiale qui ne soit plus blanche, masculine, chrétienne et hétérosexuelles. C’est pourquoi nous proposons de construire un rassemblement pour élaborer toutes et tous ensemble les contours de cette identité. Nous pourrions être à l’initiative dans toute la France d’ateliers d’écriture d’une nouvelle République, posant les fondements d’une nouvelle vie en société. Nous pourrions y proposer de construire une identité en mouvement, où chaque personne, riche de ce qu’elle est, de ce qu’elle porte d’unique en elle, puisse s’y reconnaître.
3. Perspectives
Dans la situation actuelle, nous devons être de tous les combats, dans tous les lieux, pour dénoncer toutes les discriminations, tous les rapports de dominations qui sévissent dans notre société. Mais, nous devons aller plus loin ! Nos dénonciations doivent, d’une part, se construire avec celles et ceux qui souffrent des dominations que nous combattons. Mais elles doivent, d’autre part, porter en elles des propositions radicalement différentes, profondément révolutionnaires. Nous devons nous battre fermement et farouchement sur le terrain idéologique. Nous devons nous battre, toutes et tous ensemble, pour une société de chacune et de chacun. Cela passe par le lancement d’une grande campagne de régularisation de tous les sans-papiers. Pas parce que les jeunes français qui portent sur eux les marques visibles d’une origine lointaine sont à comparer avec les sans-papiers, mais bien parce que les Jeunes communistes posent les bases d’une citoyenneté nouvelle, c’est-à-dire d’un espace collectif nouveau où chacune et chacun à son mot à dire. En lançant une grande campagne de régularisation des sans-papiers, c’est cette conception nouvelle d’une citoyenneté pour toutes et tous à partir de ce que nous sommes, que nous voulons 1. Gagner et 2. Porter avec toutes et tous, même celles et ceux qui ne sont pas sans-papiers. Soyons devant tous les lycées, dans tous les quartiers, devant les ANPE, les MacDo, les boîtes à jeunes pour poser avec eux les contours de cette nouvelle citoyenneté et donc de cette nouvelle identité.
Introduction de l’Atelier « Animer les batailles contre les discriminations - réussir la lutte pour la régularisation de tous les sans-papiers »
Présenté par Emilie Parente (Marseilles)
1 / Résumé du débat en plénière de vendredi.
Suite à l’intro de Bozéna, des interventions de Mustapha et de Jean Louis et des prises de parole des camarades dans la salle il ressort : La société française est marquée par des discriminations ancrées dans les mentalités, y compris parmi les nombreuses personnes qui sont profondément anti-racistes. Les luttes contres les discriminations ne peuvent être efficaces que si nous menons de front le combat pour des droits égaux en attirant l’attention des uns et des autres sur le mécanismes qui sont à la source de la présence dans les mentalités du rejet de l’étranger et de ceux qu’on nomme abusivement étrangers, immigrés ou issus de l’immigration. Notre rapport aux mots : dans notre vocabulaire on reproduit des comportements, des gestes qui sont des discriminations et que nous combattons. Ce vocabulaire est historiquement connoté dans le cadre des relations que la France dans sa politique esclavagiste, colonialiste, impérialiste et raciste a mené . Nous n’en sommes pas encore pleinement sortis, loin de là.
La vision que les média, les institutions politiques, le monde économique, les acteurs de la vie civile ont des immigrés de façon générale, est que ces derniers ne sont pas des êtres humains mais des variables économiques . La chasse aux immigrants est dictée par les demandes patronales et les fluctuations du marché du travail. Les luttes spécifiques menées sur des problèmes particuliers touchant une catégorie identifiable d’une composante de la société n’échappent pas aux critiques des ceux et celles qui, bien que de bonne volonté, estiment que cela exprime une forme de communautarisme et par conséquent ne participent pas à la lutte contre le capitalisme. La lutte des classes est structurante pour combattre le capitalisme, mais si on se limite à ça, le risque serait qu’on se dédouane de certaines luttes émancipatrices, luttes pour gagner des droits concrets qui, si dans leur dynamique sont accomplis, participent efficacement à la victoire contre le système capitaliste qui est notre ennemi commun . En résumé, il s’agit donc également en ce qui concerne ces dernières de la luttes des classes : lutte des dominés contre les dominants, des exploités contre les exploitants.
II/ Les principaux axes de batailles qui se dégageaient de la plénière
Nous vous proposons à partir de ce résumé que l’atelier se penche plus sur l’élaboration de batailles concrètes permettant de lutter contre les discriminations.
1.Afin de gagner une société qui reconnaît, respecte et accepte toutes ses composantes, il est indispensable de faire un travail de mémoire. En effet, ce travail nous permettra de prendre de la distance par rapport au vocabulaire historiquement connoté et vecteur de discriminations. Il permet aussi que les jeunes puissent appréhender les problèmes d’aujourd’hui dont ils n’ont pas forcément les tenants. Certaines parties de l’ histoire mondiale ne sont pas enseignées, volontairement. Le devoir de mémoire consiste pour nous à faire que certaines pages de notre histoire (guerre d’Algérie, La colonisation, l’esclavage, le massacre des Indiens, le génocide arménien, la commune de Paris…) volontairement occultés soient connues de toute la population. Notamment par le biais d’inscription dans les programmes scolaires de cette histoire, par la reconnaissance également, la célébration et la perpétuation de la mémoire des hommes et des femmes qui ont pris une part active en dénonçant et combattu le système colonial, esclavagiste et toutes les formes de dominations.
2. Partant du constat objectif que la force du capitalisme est de diviser pour mieux régner et que l’une des conquêtes des classes exploitées est d’avoir gagné le suffrage universel, nous avons intérêt à être plus nombreux pour nous servir de cet acquis pour faire valoir nos exigences. Il se trouve que de nombreuses personnes vivant en France depuis des années, qui participent à la vie en société sont privées de ce droit fondamental sous le seul prétexte qu’ils n’ont pas la carte d’indenté française. Les jeunes communistes doivent porter l’exigence du droit de vote à tous ces gens à toutes les élections. C’est ce que nous appelons la citoyenneté de résidence. 3. Le gouvernement de la droite et Sarkozy le premier répand une image négative renvoyant l’immigré à une valeur d’ajustement économique. Nous devons intervenir dans tous les espaces pour détruire cette vision pour construire des initiatives rassembleuses afin de changer les mentalités . Ces initiatives sont essentielles pour lutter également contre l’isolement, la méfiance et la haine : tout ce qui nourrit l’extrême droite.
4. Afin de gagner une société des droits égaux et que certains ne soient pas exploités sans moyen de se défendre, de participer pleinement à la vie collective (se syndiquer, cotiser à la sécu, bénéficier des allocations chômages, de la retraite etc.) il est indispensable que notre lutte se porte sur la régularisations des sans papiers.
III Proposition de structuration des activités de la commission
Pour permettre un début de structuration du travail en commun dans la durée, nous avons imaginé et conçu une fiche de participants dans laquelle nous avons listé 4 domaines d’activités qui impulsent le travail en commun autour de notre thème central. Les projets que nous allons adopter n’arriveront à leur concrétisation que si de nombreux camarades ici présents et ceux qui sont intéressés par ces questions dans les fédérations créent des outils, des espaces réguliers de travail, d’échanges (listes de diffusion…), des idées de prise d’initiatives en collaboration prennent une part importante dans la mise en œuvre de ces combats.
1. Devoir de mémoire : de nombreux camarades de la JC ont déjà des expériences d’activités sur cette question. Il nous faut voir comment on les développe.
2. Les luttes pour les régularisations des sans- papiers ne doivent plus être des événements ponctuels mais une constante du combat des jeunes communistes. Nous devons donc réfléchir à la manière dont les jeunes communistes peuvent s ‘emparer de cette question en faisant des propositions et des actions claires pour enrayer les expulsions, les rafles. Toutes ces batailles pour la régularisation des sans-papiers devraient être le répondant aux politiques et aux discours xénophobes . Nous devons contrer les mécanismes mis en place par les libéraux pour endormir le peuple qui pourrait se battre pour les jeunes sans papiers. Il ne faut surtout pas mettre les sans papiers dans des catégories, les différencier… Ils ne doivent surtout pas être hiérarchisés car le combat est le même : le combat pour l’égalité de tous et contre les discriminations . Les politiques de criminalisation des sans-papiers ne doivent pas faire oublier l’apport exceptionnel de gens venus d’ailleurs.
3. Le droit de vote des résidents étrangers à toutes les élections. Le droit de vote, c’est la reconnaissance des populations qui composent notre société, qui participent au développement social et économique de notre pays
4. Lutter contre la désinformation et la réaction, contre les propos xénophobes. Nous devons réagir face à a politique inacceptable de Sarkozy de criminalisation des sans-papiers, de reconduite aux frontières de jeunes.
Depuis 20 ans la question des sans-papiers occupe les préoccupations des dirigeants des pays riches. Et pour cause, des millions de jeunes , venus de pays en guerre ou en proie à la famine et à la répression politique cherchent une vie meilleure dans les pays de l’hémisphère nord.
Nous devons nous interroger sur le fait que la majorité des migrants soient des jeunes. Car quand on est jeune on subit de plein fouet la misère , la précarité. Les raisons de l’arrivée d’immigrants sont pourtant connues par ces mêmes dirigeants mais ils continuent à parler de « contrôle de flux mondiaux », de quotas. Notions inadmissibles quand on sait quelle est l’histoire de ces jeunes déracinés de leur pays à cause de la guerre, de la faim…
Depuis pas mal de temps, des batailles se forment autour de lycéens sans-papiers menacés d’expulsions. Des luttes individuelles qui concernent un lycée avec les profs, les parents d’élèves, etc. Si l’on veut dépasser la logique capitaliste qui mène des enfants, des ados loin de leurs pays une réflexion globale sur les jeunes sans papiers doit s’engager. Les luttes individuelles doivent nous faire réfléchir sur une analyse globale ainsi que de dégager les mécanismes. Engageons le processus d’une solidarité nationale. Il faut faire connaître la situation de ces jeunes qui sont déscolarisés. En effet, n’oublions pas que la majorité de ces jeunes se font exploiter en travaillant chez des gens qui se confortent de leurs statuts pour pouvoir avoir une main d’œuvre malléable et corvéable à merci. Cette main d’œuvre est aussi le prétexte pour mettre les travailleurs en concurrence afin qu’un climat de peur s’instaure et que le combat pour les jeunes travailleurs sans-papiers soient moins pris en compte que celui par exemple des lycéens. Nous ne pouvons réduire la question au simple fait d’avoir des papiers français mais c’est aussi faire l’apprentissage du « vivre ensemble » et de la citoyenneté. Comment peut-on vivre décemment quand trouver du boulot est dur et trouver un logement, inimaginable ? La question du devenir citoyen de peut pas se résumer au droit de vote. En effet, ce doit être un processus engagé par l’Etat ainsi que par les services de l’Etat : les services publics, l’école qui doit ne doit pas exclure ces jeunes qui n’ont pas la chance d’être scolarisés. L’école ne doit pas être une chance mais un droit car c’est le relais pour faire l’apprentissage de la citoyenneté et du vivre ensemble. En France, il y plusieurs milliers d’enfants qui sont isolés de leur famille quand ils en ont. Quelles propositions pour apporter à ces jeunes une sécurité sociale, un suivi pour une recherche éventuelle d’emploi stable et bien rémunéré ?