Introduction de la plénière Education
Présenté par Igor Zamichiei
I- Le savoir et l’Education comme enjeux de société
Si la bataille que nous avons engagée contre les politiques libérales fait rage, c’est bien parce que choisir un type de politique pour l’Education et définir les savoirs à transmettre, c’est faire un choix de société. Nous l’avons vu ces dernières années, les gouvernements en place dans nombre de pays d’Europe privatisent un à un les différents services publics. En France, nous ne sommes pas en reste, loin de là. Après les communications, une partie des transports et de la santé, c’est aujourd’hui le tour de l’énergie et peut-être demain celui de l’Education. Notre modèle social, avec les défauts d’importance que nous lui connaissons, est aujourd’hui totalement remis en cause, au lieu d’être amélioré en partant de nos acquis. Nous devons bien sûr combattre cette logique et prôner l’idée qu’un certain nombre de domaines comme l’Education doivent être perçus en dehors de toute considération marchande pour que se développent de grandes réalisations et que l’ensemble de la population puisse contribuer au progrès de la société. Nous le montrerons dans ce rapport, les libéraux veulent créer un système éducatif rentable au service de l’économie libérale en instaurant un enseignement à deux vitesses, considérant que certains serait doués pour développer un certain savoir et d’autres destinés à se cantonner à un savoir-faire dont il ne s’agit pas pour nous de minimiser l’importance.
Pourtant, la révolution informationnelle dont nous avons fait l’analyse, change le rapport au travail, ouvre des perspectives de changement de société. Le développement des nouvelles technologies nous amène aujourd’hui à concevoir le mode de coopération entre les chercheurs dans tous les domaines du savoir, entre pays aussi comme un enjeu central pour le progrès humain et non pas comme le voudrait les libéraux en terme de concurrence, pour la rentabilité des capitaux : c’est notamment en cela que peut être mis à mal le système capitaliste et le marché du travail. Une même recherche, un savoir peuvent être utilisés dans le monde entier. Ils peuvent être partagés, on peut alors partager la production de la recherche en coopérant, et surtout le coût d’une recherche pourrait être d’autant plus partagé et donc réduit par unité de production qu’il y a plus de personnes formées, employées et équipées coopérant pour utiliser cette recherche.
Nous voulons construire un réel service public de l’Education qui se donne les moyens de garantir de la façon la plus juste possible, l’accès de toutes et de tous au savoir, à une formation de qualité, c’est à dire qui donne à l’ensemble de la population la possibilité de maîtriser tous les débats, de se forger son opinion, de l’exprimer. Ainsi, nous faisons le choix de parier sur les capacités de chacun à se former, à porter un regard critique sur l’enseignement qu’il reçoit et à transmettre ses idées. En fait, nous faisons le choix de l’émancipation de chacun pour le progrès de la société toute entière. Et ce choix est profondément communiste. Le Parti communiste à engager maintenant depuis plus de dix ans un travail de réflexion autour d’une sécurité d’emploi et de formation. Notre réflexion doit s’enrichir de ce projet et de l’analyse qu’il fait de la formation initiale et continue. Cela ne veut pas dire que nous devons nous y cantonner. Mais le travail du Parti peut nous aider à mettre en perspective nos propositions pour l’Education. A ce sujet certains d’entre nous ont déjà participé à des réunions de la commission du Parti sur l’Ecole, l’enseignement supérieur et la recherche. Nous pouvons encore développer ce lien. Cela est souhaitable pour l’enrichissement de nos deux organisations.
II- Les attaques libérales contre le système éducatif
A l’échelle de l’Union Européenne, les attaques libérales s’accélèrent depuis mars 2000 avec le processus de Lisbonne. L’ambition proclamée de celui-ci était de réaliser d’ici 2010 le « plein emploi » et de faire de l’Union l’ « économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Il a fait l’objet il y a deux ans d’un rapport d’étape de la commission européenne. On peut notamment y lire que « le nombre de jeunes quittant le système scolaire sans qualifications atteint plus de 18% en 2003, 17,2% des jeunes européens âgés de 15 ans ne possèdent pas le minimum de compétences requises -lecture, écriture, calcul- ». Après ce laborieux diagnostic, la Commission avance ses solutions : d’une part, « il est indispensable de maintenir une politique de concurrence forte dans le marché intérieur » ; d’autre part, il faut « manifestement investir plus efficacement, c’est-à-dire identifier les domaines de l’éducation et de la formation qui sont les plus rentables ». Cette politique s’est traduite en France par l’application dans un premier temps de la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat respectivement en 3, 5 et 8 années d’études) puis par la loi Fillon - De Robien. Ainsi, derrière ces deux réformes, une même logique : mettre la formation initiale au service de l’économie libérale et faire de l’Education un domaine rentable, quitte à abandonner l’idée de la réussite et de l’émancipation de tous les élèves dans leurs parcours personnels.
La réforme LMD de l’enseignement supérieur a pricipalement 3 conséquences :
- D’une part, l’éclatement du cadre national des diplômes puisque chaque université élabore désormais son offre de formation. Ainsi, la valeur des diplômes dans un même domaine est très différente d’une Université à une autre et d’un individu à un autre. Ainsi, la reconnaissance de la valeur d’un diplôme est totalement laissée à la subjectivité de l’employeur lorsque l’on se présente sur le marché du travail. Si on ne peut pas nier que les diplômes de certaines universités étaient déjà reconnus comme supérieurs aux autres avant l’application du LMD, les inégalités tendent aujourd’hui à se creuser profondément avec la volonté des pouvoirs publics de créer de réels « pôles d’excellence ».
- Ainsi, se développent des filières d’excellence, sélectives au niveau du Master et où règnent la concurrence entre les Universités et entre les étudiants. Ces cursus demandent bien évidemment des moyens financiers importants, et étant donné le désengagement financier de l’Etat, c’est à une privatisation larvée de l’enseignement supérieur à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. La création autorisée il y a 3 ans de « Services d’Activités Industrielles et Commerciales » dans les universités, services permettant le financement de certaines activités par des entreprises, participe à cette logique. De plus, les frais d’inscriptions pratiqués par les universités sont sans cesse en hausse et sont même parfois illégaux et très élevés : 3500 euros cette année pour un des Master de l’Université d’Aix Marseille III. Face aux filières d’excellence, nombre de filières professionnelles font de plus en plus office de porte de sortie prématurée du supérieur pour les élèves en difficulté. L’orientation vers ces filières est rarement volontaire et souvent mal vécue par des étudiants mal informés. On leur promet une entrée rapide sur le marché du travail et un niveau de rémunération correcte. Mais même lorsque ces étudiants trouvent un boulot à la sortie de leur cursus, leur reconversion dans le monde du travail tout au long de leur vie est compromise par leur manque de qualification ou leur trop grande spécialisation. Ici intervient l’idée de développer un système ou la formation continue, tout comme la formation initiale, tient une place importante.
- Enfin, face aux filières d’excellence qui disposent de la plus grande partie des fonds attribués à l’enseignement supérieur, ce sont des dizaines de filières qui vont être supprimées ou disposer de moyens insuffisants à leur fonctionnement et à leur développement. Lettres, Arts, Histoire, Sciences Humaines, Sociologie, Psychologie, Sport, etc... tous ces domaines ne sont pas rentables et ce qui n’est pas rentable n’a pas toute sa place dans le projet libéral de réforme de l’enseignement supérieur. Ici encore, quel formidable gâchis que de négliger des pans entiers de notre culture. Ce choix aura d’importantes conséquences car comment exprimer notre regard sur le monde si les mots nous sont enlevés et les arts sacrifiés, comment progresser et comprendre l’autre si l’on ne connaît pas l’Histoire et comment vivre mieux en société si nous n’analysons pas la nature des rapports humains ?
Après l’application de la réforme LMD, la réforme de l’Ecole à rapidement suivie à travers la loi Fillion. Ces conséquences sont tout aussi graves et participent de la même logique :
- La mesure principale du projet est l’instauration du socle commun de connaissance, réellement minimaliste, destiné aux élèves qui n’ont pas selon le gouvernement, les possibiltés d’accéder à un enseignement plus général mais qui doivent devenir rentables sur le marché du travail. Lorsque l’on regarde les connaissances communes que l’on nous propose on voit que l’on a préféré privilégier l’accès aux technologies de l’information et de la communication plutôt par exemple que l’enseignement de l’Histoire, grande absente de ce socle. Si personne ne doute de l’intérêt de la formation des élèves aux nouvelles technologies, notons tout de même deux points importants. D’une part, cette mesure ne s’accompagnera probablement pas des moyens financiers nécessaires à l’acquisition de matériel informatique par les établissements, ni d’aides supplémentaires pour que les élèves soient égaux devant cette formation. D’autre part, on voit bien que cette mesure est destinée à former rapidement des élèves et non à leur donner une réelle connaissance des TIC. Une courte formation dans ce domaine permettra de pourvoir des emplois précaires. La suppression du sport, des arts et de l’Histoire des enseignements obligatoires montre ainsi que l’on a préféré développer des compétences directement exploitables par les entreprises qu’un enseignement qui permet à chacun de s’émanciper. La pratique du sport nécessaire à l’enfant, la découverte de l’art, ou encore une réflexion pourtant fondamentale sur l’Histoire de notre pays et du monde dans lequel on vit, ont été rayé de la carte pour un nombre important de jeunes. Concernant l’Histoire, elle est fondamentale de notre point de vue parce que transmettre les processus historiques passés ou à l’œuvre actuellement c’est permettre le progrès de la société toute entière. La réservée, comme le veulent les capitalistes, à une minorité, c’est laisser le pouvoir à une élite et cela nous ne pouvons l’accepter parce que nous pensons que c’est à l’ensemble du peuple de construire son devenir.
- En plus de l’instauration de ce socle de connaissance, la loi prévoit la mise en place d’une orientation de plus en plus précoce. Dès la 4ème, les élèves en grande difficulté iront en apprentissage. La création d’une 3ème professionnelle est également prévue. Ces nouvelles mesures donnent premièrement une perte de cohérence de l’offre de formation à l’école puisque dans ce domaine les LEP existent déjà et seront donc mis en concurrence avec ces formations. Il faut donc que nous nous intéressions aux problèmes posés par les différents types de formation professionnelle à l’Ecole. D’une part l’orientation par l’échec dans ces filières les dévalorise réellement et d’autre part on forme ainsi une main d’œuvre bon marché pour les besoins du patronat.
- Enfin, des options comme la gestion des entreprises ou la gestion des ressources humaines sont créées afin de développer très tôt dans la formation des individus, « l’esprit d’entreprise » tant recherché par le patronat et tant prôné par tous les libéraux.
A la lumière de ce rappel, il est maintenant facile de dégager la logique d’ensemble des réformes libérales en cours.
Pour parvenir à leurs objectifs, les libéraux ont décidé de créer un système éducatif à deux vitesses. En effet, qu’il s’agisse de la création de filières d’excellence pour le LMD ou de l’instauration du socle commun de connaissance pour la loi Fillon, on a bien à faire à la même chose. Ne sous-estimons la portée de telles mesures. Le gouvernement est en train de vider la notion de service public de l’Education de son contenu en effaçant sa mission première, à savoir assurer l’égalité d’accès des jeunes à des formations de qualité ainsi que l’égalité de traitement des élèves dans leurs parcours scolaires.
Mais ce n’est pas tout. Les libéraux vont plus loin en supprimant l’Histoire, les arts et d’autres domaines des connaissances communes à l’école et en ne donnant pas de moyens suffisant à un certain nombre de filières dans l’enseignement supérieur. Une réelle redéfinition des savoirs enseignés et des élèves à qui ils sont destinés est en train de s’opérer. En faisant cela, nos gouvernants travestissent le sens de l’Education, qui doit être de transmettre à chacun, sans distinction quelconque, un savoir, le patrimoine de notre Humanité. Aujourd’hui, il s’agit pour les libéraux de remplacer le savoir par le savoir-faire pour certains au lieu de considérer la complémentarité entre les deux et de se donner des objectifs élevés pour la réussite de tous. Cela se fait dans un seul et unique but : répondre aux besoins du marché pour la rentabilité.
Voilà les dangers immenses auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés, voilà pourquoi nous avons décidés de réagir et de frapper en fort en voulant élaborer avec tous ceux qui le souhaitent, les élèves et les étudiants en particulier, un projet populaire pour l’Education.
III- Notre projet
Face aux attaques libérales organisées en un projet cohérent par nos gouvernants et face à la difficulté pour les étudiants et les lycéens de porter leurs aspirations en un projet structuré, nous avons décidé d’impulser un processus d’élaboration d’un véritable projet pour l’Education et d’y associer tous les acteurs du système éducatif qui le souhaitent. Chaque jour, on voit un peu plus les effets de la politique de la droite envers l’éducation, à travers l’état de nos écoles, la pénurie de moyens et de personnels, les problèmes de formations des professeurs et les taux d’échecs inégaux selon nombre de critères, notamment sociaux et géographiques. Dans la crise des quartiers populaires, qui a poussé un certains nombres de jeunes à commettre des actes de violences ces derniers jours, il y notamment la crise du service public d’éducation. En effet, si nous ne pouvons accepter ces violences qui touchent notamment les plus démunis et des établissements publics, nous ne pouvons pas nous passer d’une analyse des causes de celles-ci. Quand une école est brûlée, ce n’est par hasard. Pour beaucoup de jeunes de nos quartiers, c’est malheureusement le symbole de l’échec scolaire, personnel ou celui de leurs proches. Et la situation va s’aggraver car le gouvernement De Villepin utilise cette situation pour faire passer des mesures scandaleuses. Mettre en place l’apprentissage à partir de 14 ans et tripler le nombre de bourses au mérite va s’en aucun doute renforcer les inégalités. Face à tous ces problèmes, la JC et l’UEC doivent travailler ensemble. A partir d’une vision commune de l’Education, nous pouvons décliner nos deux projets. C’est bien tout le mouvement jeune communiste qui doit s’emparer du projet de loi pour la réussite de l’enseignement supérieur et de celui d’Etats généraux des lycées. Nous allons le voir plus loin en décrivant nos idées respectives, nous portons bien la même ambition pour l’Education et nous partageons la même démarche.
L’Union des étudiants communistes à décider cette année d’élaborer une loi pour la réussite de l’enseignement supérieur. Nous voulons créer une mobilisation populaire autour de propositions fortes. Pour élaborer ce projet nous ne partons pas de rien. En 2000, une réflexion autour de 3 chantiers avait commencé. Il s’agissait alors de trouver les mesures pour sécuriser le temps de formation, sécuriser l’accès à l’emploi et développer la citoyenneté à l’université. Ces questions sont encore aujourd’hui au centre de notre projet, ou plutôt transversales à toutes nos problématiques. Mais face à la situation de précarité que vivent beaucoup d’étudiants et face à la crise du supérieur, nous avons voulu nous donner une plus grande ambition pour révolutionner le service public d’éducation. Ainsi, nous avons décidé de commencer par élaborer un état des lieux de l’enseignement supérieur, c’est la première phase de notre travail. Nous avons déterminé 6 grands axes :
- La structuration de l’enseignement supérieur et de l’offre de formation.
- Le système de gouvernance.
- Le système de financement.
- Le système d’aide aux étudiants, leurs conditions de vie et d’études.
- La citoyenneté.
- Le lien entre la formation, la qualification assurée par cette formation et l’emploi.
Cet état des lieux s’établit autour d’un important travail de recherche documentaire et grâce au contact que l’on a dans nos établissements avec les étudiants, notamment en les abordant avec un questionnaire les associant à notre démarche. Nous voulons en effet construire avec tous ceux qui le souhaitent : étudiants, enseignants-chercheurs, personnels... Et la deuxième phase de notre projet est justement d’organiser des réunions publiques dans les universités et les autres établissements pour présenter à tous nos premières propositions et pour nous enrichir des leurs. C’est la même démarche que le Parti communiste suit actuellement avec sa campagne de forum-programme. Ces réunions publiques pourrait être thématiques et prendre comme point de départ des luttes locales sur le logement, les transports, ou encore les moyens. Ainsi, notre action serait ancrée dans les préoccupations quotidiennes des acteurs du système éducatif. Enfin, lors d’une dernière phase, nous ferons la synthèse de ces rencontres et nous élaborerons avec les groupes communistes à l’Assemblée Nationale et au Sénat une loi pour la réussite de l’enseignement supérieur. Tout cela devrait nous mener jusqu’à fin 2006.
La JC quant à elle à décider d’impulser un travail pour changer en profondeur l’Ecole. Face au danger du projet Fillon, et donc au besoin d’alternative tout comme pour l’enseignement supérieur, et face à la difficulté qu’on eu les lycéens à s’accorder sur un projet lors de la lutte d’ampleur qu’ils ont développé cette année, la JC a décidé de se placer comme un outil pour leurs revendications, force de proposition et d’organisation. Nous avons décidé de mettre en place des Etats Généraux des lycées pour permettre à tous les lycéens de s’exprimer et de construire une Ecole qui leur ressemble. Ces EGL se posent pour ambition de permettre à tous les lycéens de recenser les doléances et les propositions pour permettre de lutter et gagner l’Ecole de la réussite pour tous. Lycée par lycée, ville par ville aider les lycéens à élaborer les doléances et propositions permettra de commencer des luttes locales, par exemple pour gagner un prof, une infirmière... Cela permettra d’élaborer une réflexion autour d’un projet alternatif à la loi Fillon. A la fin de ce processus populaire devrait ressortir des propositions qui pourront devenir une pétition nationale des lycéens, ou une loi comme le fait l’UEC : ce seront aux lycéens de décider concrètement de la suite à donner. Ainsi, notre démarche envers les lycéens est claire. Il ne s’agit pas d’arriver devant eux avec un tout déjà ficelé et de leur demander d’accepter ou non nos propositions. Le but est de construire une mobilisation populaire autour de leurs aspirations. Alors bien sûr, nous avons des propositions et nous les porterons au débat. A ce sujet, face à la crise du service public d’éducation, nous pensons qu’il faut, comme point de départ, nous recentrer sur les missions de l’école, à savoir :
- Participer à la lutte contre les inégalités sociales.
- Contribuer à la formation de citoyens.
- L’épanouissement des élèves dans une orientation choisie pour apprendre un métier pour ceux qui ont choisi les filières professionnelles ou technologiques.
D’autre part, pendant le mouvement lycéen, nous avons commencé à développer un certain nombre de propositions à la lumière de notre idée du service public de l’Education et de toutes les rencontres que nous avons faîtes avec les élèves et qui nous ont particulièrement enrichi. Ce processus d’Etat Généraux pour la réussite de tous se veut être l’outil de tous les lycéens organisés ou non. Fort de notre campagne unitaire contre le référendum européen et fort de la place que la JC à prise lors du mouvement contre Fillon, nous avons proposé aux autres organisations lycéennes de s’associer à notre démarche. Nous avons d’ores et déjà avancé sur un appel des organisations signé par l’UNL la JCR, le MJS et la JC. Cet appel devrait être soutenu par des syndicats de profs, des associations de parents d’élèves avant d’être avancé devant la presse. Nous devons aujourd’hui être rassemblés pour atteindre nos objectifs tout en étant évidemment exigeant sur les contenus politiques de ce rassemblement. Cette démarche populaire vise à ce que les organisations se posent en outils des lycéens pour qu’ils construisent les propositions qui permettront la mise en place du lycée de la réussite pour tous.
Je voudrais également dire quelques mots sur les ateliers de demain. La question centrale à laquelle nous devrons répondre est la suivante : comment s’organiser au local et au national pour que tous les jeunes communistes s’emparent de ces deux projets. J’insiste sur la communication qu’il doit y avoir entre la JC et l’UEC sur la question et donc sur le fait qu’il faut que des membres de l’UEC participent à l’atelier sur les Etats Généraux et que des membres de la JC interviennent dans l’atelier sur la loi pour une réussite dans l’enseignement supérieur. Cet échange est fondamental pour que chacun d’entre nous ait une vision de la cohérence des politiques libérales à l’œuvre à tous les niveaux du système éducatif et des réponses à apporter.
Enfin, voilà longtemps que nous ne nous étions pas donné de telles ambitions dans notre action pour l’Education. De la résistance à la droite sur ces questions, nous passons aujourd’hui au stade de la construction commune d’un projet novateur pour l’Education. Ce que nous lançons suscite beaucoup d’enthousiasme parmi nous et beaucoup d’attentes chez les jeunes. Ne les décevons pas. Montrons que nous savons faire de la politique autrement. Montrons que nous savons construire avec eux. Révolutionnons la situation actuelle en portant nos propositions et notre démarche au sein de la gauche et de la société française. Rassemblés avec les acteurs du système éducatif nous pouvons construire un projet populaire pour l’école qui place l’ensemble des élèves au centre des préoccupations du service public et jamais à la marge de celles-ci.
Compte-rendu de l’ANA
Plénière Education
Apprentissage et filières professionnelles :
L’apprentissage à 14 ans est critiqué, jugé comme une mesure creusant les inégalités. D’autre part, cela crée une incohérence dans l’offre de formation étant donné que les 3èmes professionnelles existent. Accord sur le fait qu’il faut limiter les spécialisations lorsqu’elles surviennent trop tôt dans les cursus mais il est pointé que dans le système actuel, les élèves en difficulté n’ont pas le choix : leur orientation dans ce type de filière est souvent subie. Ainsi, ils sont marginalisés à l’école et risquent aussi de l’être plus tard dans la société car ils n’auront pas forcément la possibilité de se reconvertir sur le marché du travail s’ils perdent leur emploi.
Autour de l’école :
L’école ne doit pas être faite pour apprendre un métier. Cette vision réductrice s’inscrit dans la logique du système capitaliste. L’école devrait permettre aux élèves de s’épanouir et de s’insérer dans la société tout en s’émancipant des dominations au lieu de ne servir qu’à réguler les besoins du marché du travail. D’autre part, il faut rappeler qu’aujourd’hui, l’école de la République n’existe pas et que les valeurs de celle-ci ne passent pas les portes de nos établissements. Il faut en finir avec le mythe de l’ascenseur social : éclairer les quelques jeunes des quartiers populaires qui étudient à Sciences-Po pour prouver que tout le monde a les mêmes chances de réussir est une démarche dangereuse car dans la réalité ce n’est pas vrai et c’est donner de l’espoir pour mieux le briser ensuite. Cela dit, il faut favoriser la mixité sociale et donc éviter le contournement des cartes scolaires. En effet, aujourd’hui le système éducatif participe à la reproduction des élites et à la régulation du marché du travail par le chômage : 10% sont formés pour gouverner et 10% sont poussés prématurément vers la sortie pour aller tout droit à la case chômage. Ainsi, en maintenant un taux de chômage important, on fait pression sur les salariés qui ont peur de la dégradation de leur condition et qui n’ont donc pas la possibilité de s’inscrire contre le système capitaliste. La redéfinition des savoirs qui s’opère actuellement inquiète aussi, notamment les enseignants. Par exemple, ils refusent à juste titre que l’on remplace l’économie par la gestion, qui est clairement plus tournée vers l’entreprise. Dans un autre domaine, celui de l’histoire, on doit se poser la question du traitement de la colonisation, dont l’enseignement inexact et parcellaire est mal vécu par les jeunes issus de l’immigration. Ces enjeux de savoirs sont fondamentaux et on peut concevoir l’école comme un lieu de résistance sur ces questions.
La question des moyens financiers :
Concernant le manque de moyens pour l’école, il faut montrer que l’argent public existe mais qu’il est utilisé à d’autres fins. Ainsi, lorsqu’on demande pendant des années des moyens et que du jour au lendemain, à cause d’un acte de vandalisme dans notre école, des fonds sont débloqués pour acheter des caméras de surveillance, on voit bien que tout est une question de volonté politique. Cela renvoie donc à la question précédente : quelle école voulons-nous ? Une Ecole du tout sécuritaire et génératrice d’inégalités ou une école où les moyens sont mis dans l’encadrement pédagogique pour la réussite de tous ? Attention aussi à Loi Organique relative aux Lois de Finances (LOLF) applicable dès 2006 et qui subordonne le budget public à des critères d’efficacité de tel ou tel service. Puisque cela touche le public, on doit penser, ici comme ailleurs, à créer une convergence des luttes sur cette question.
La formation des professeurs :
Sur la formation des professeurs, on note que celle-ci est mauvaise dans le sens où elle ne porte que sur les savoirs. Il est alors avancé que l’autorité d’un professeur repose en grande partie sur son savoir et que lorsqu’un professeur domine vraiment la matière qu’il enseigne et sait intéresser les élèves, alors il est respecté. Cette idée n’est pas partagée par tous : il faut que l’élève puisse adopter une attitude critique envers l’enseignement qu’il reçoit et ne doit donc pas considérer tout ce que dirait un professeur, même expérimenté, comme une vérité.
Nos projets :
Pour réussir nos projets – LRES et EGL – nous devons nous donner les moyens de nos objectifs. D’abord nous aurons besoin de revenir sur le bilan de notre action dans les luttes, notamment dans le récent mouvement lycéen. Il faut développer le travail de la commission éducation et constituer des réseaux lycéens et étudiants permettant des échanges d’expériences et des propositions d’alternatives. Il faut également faire attention à ne pas s’enfermer dans l’urgence des batailles locales mais bien construire dans la durée en précipitant des initiatives mal préparées.
Les EGL :
Notre démarche doit être d’aller vers les autres élèves, les JC peuvent prendre la parole dans leur classe et pousser au débat. Il faut aussi réinvestir les quartiers populaires, parler en dehors de l’école. Les débats lors de la réforme Fillon ont peu touché ces quartiers, alors que ce sont peut-être les jeunes de ces quartiers qui ont le plus besoin de se projeter dans l’avenir. Il faut donner des perspectives. On insiste sur l’importance de ces EGL, d’autant plus que l’application de la réforme Fillon produit un véritable cafouillage sur la question des TPE et que la suppression de certaines options (comme la LV3) pose des problèmes. Pour prolonger l’élan formidable qu’on a connu pendant le mouvement lycéen, où des élèves se posaient réellement la question de la transformation du secondaire pour réduire les inégalités du système, il faut être offensif dans sur ces questions. Les lycéens sont aujourd’hui inquiets pour leur avenir, notamment sur leur entrée dans l’enseignement supérieur. L’allongement de la durée des études avec la réforme LMD pose problème lorsque l’on est dans la précarité.
La LRES :
Considéré par tout le monde comme un projet fondamental, notamment pour mettre en perspective les luttes menées au lycée. Il est important de développer des contacts avec les élus, nationaux bien sûr, mais aussi régionaux car ils ont des choses à apporter. Outre ce qui a été dit dans l’introduction, penser au problème des étudiants étrangers qui ne cesse de s’aggraver. Le gouvernement actuel a mis en place des critères d’acceptation parfois si restrictifs qu’ils vont à l’encontre des accords passés précédemment avec les autres pays. Un autre problème est celui de l’échec massif des étudiants en premier cycle, qui traduit le fait que la massification de l’enseignement supérieur n’a pas permis une réelle démocratisation de celui-ci. Les inégalités n’ont pas disparues, elles se sont seulement déplacées du barrage à l’entrée du système à l’échec à l’intérieur du système.