Mouvement des jeunes communistes
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Plénière sur les questions d’emploi et de précarité
Introduction et compte-rendu

INTRODUCTION de la plénière EMPLOI PRECARITE A TOUS LES ETAGES

Présenté par Grégory Géminel

Notre victoire sur la libéralisme le 29 mai ne nous fait pas oublier que les tenants du libéralisme tiennent le pouvoir en France et en Europe et qu’ils n’ont pas renoncé à leur projet et ses logiques. Par exemple avec la directive Bolkenstein. Une épée de Damoclès reste sur la tête des travailleurs.

La proposition la plus dangereuse de cette directive déjà adoptée par la Commission de Bruxelles consiste dans l’adoption de « la règle du pays d’origine ».

Actuellement, une entreprise étrangère qui traite en France doit respecter l’ensemble du Code du travail et des conventions collectives de notre pays. Avec la règle du pays d’origine, l’entreprise étrangère viendrait traiter aux conditions sociales de son pays.

Ce projet était d’ailleurs conforme à l’article 1-3 du projet de Constitution européenne qui prévoyait que : ’L’Union est un marché où la concurrence est libre et non faussée".

Les services représentent 70% de l’activité économique : du bâtiment à l’informatique en passant par le nettoyage, le transport, la maintenance, la santé, l’éducation, la publicité, les emplois domestiques…et l’intérim ! Les services publics sont également concernés : confrontés à la concurrence d’entreprises sous-payant leurs salariés, ils seraient voués à disparaître.

Seuls le Smic et la durée maximale du travail (48 heures) resteraient obligatoires théoriquement. En théorie, parce que l’entreprise étrangère ne serait soumise à aucune déclaration préalable, on ne pourrait pas exiger d’elle des documents en français et le contrôle serait effectué par le pays d’origine : la porte ouverte à toutes les tricheries par toutes les mafias.

De plus, l’entreprise étrangère pourrait aussi intervenir dans ces conditions avec des travailleurs de pays hors Union européenne encore plus exploitables, elle pourrait même embaucher des chômeurs français aux mêmes prix cassés.

Déjà, des chantiers sont traités par des entreprises d’Europe de l’Est. Elles paient en principe au SMIC mensuel mais pour des durées de travail de 60 heures par semaine, c’est-à-dire à la moitié du SMIC horaire. Et les travailleurs doivent parfois reverser une partie de leur salaire à des réseaux mafieux pour obtenir le droit de travailler en France. « Travailler plus pour gagner plus » osent-ils prétendre !

Les Français, déjà inquiets de l’accélération des délocalisations, peuvent passer à l’angoisse avec ce funeste projet. Tout ce qui ne peut être délocalisé serait quand même traité avec des salaires cassés en important des travailleurs surexploités. Le chantage patronal à l’emploi se généraliserait pour obtenir des salariés le recul des salaires. Des millions de salariés – de l’ouvrier à l’ingénieur – sont concernés. Elle n’est qu’un point d’appui pour faire perdurer et amplifier la politique de l’emploi macabre engagée et qui s’accélère grâce au zèle du gouvernement Villepin, notamment en direction des jeunes.

Politique et logiques de la droite et du MEDEF

Depuis plus de trente ans les politiques en direction de l’emploi des jeunes ont été conçues de manière à intégrer dans nos têtes les notions de fatalité en faisant en sorte que le libéralisme soit accepté comme étant la fin de l’histoire. L’autre but de la manœuvre étant de nous façonner pour devenir une main d’œuvre pas chère, précaire et corvéable à souhait. Les petits boulots, l’intérim, les contrats bidons, les TUC, CES, les contrats d’avenir, les contrats jeunes ou encore les contrats nouvelle embauche : voilà autant de mesures qui ont mis en l’air la stabilité de l’emploi et la sécurité de nos vies. Elles ont modelé en profondeur une jeunesse qui se retrouve en 2005 complètement désorientée. Des générations d’exclus font qu’un million d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté, ici, en France. Ce qui se passe dans les quartiers populaires résulte, pour partie, de ces politiques suicidaires créant toujours plus d’inégalité et de concurrence entre les hommes.

Faut-il rappeler que le taux de chômage est de 20,7% chez les jeunes de moins de 25 ans dans les 85 zones franches urbaines. Ces zones franches sont toutes situées dans les 750 zones dites sensibles. 3785 entreprises y sont. Combien de jeunes de ces mêmes quartiers sont dans ses entreprises ? Laurence Parisot déclarait avant-hier que les patrons pendraient toutes leurs responsabilités. Est-ce que cela veut dire que ces zones vont être encore plus sensibles à la destruction et ségrégation qu’ils opèrent au quotidien ?

Le taux de chômage des immigrés d’origine non européenne est de 26,4% dans ces quartiers. 70% des diplômés d’origine immigrée affirment être victimes de discriminations à l’embauche et au sein de l’entreprise. Il y a 2,7 millions de citoyens en âge de travailler dans ces zones (15-65ans).

On ne peut être en effet étonné de voir ce qui se passe aujourd’hui quand le taux de chômage chez les jeunes générations des quartiers populaires dépasse parfois allègrement les 30%. Les seules solutions consistent à envoyer des mômes de 14 ans en apprentissage afin qu’ils apprennent la dure vie du travail pour de Villepin. C’est une mesure décalée, inefficace et dangereuse. Les sauvageons manquent d’éducation, nous allons donc réduire encore leur accès au socle de connaissances commun ! il faut choisir son camp : l’exclusion ou la précarité à vie ! les 540 jeunes intérim d’Aulnay de Citroën virés sont tous le symbole de la supercherie que nous subissons car ce sont bien tous les jeunes qui sont touchés par les effets d’annonce successifs du gouvernement. Je pense également aux jeunes diplômés exploités et la génération-précaire.com. Les 20 000 contrats d’accompagnement annoncés cette semaine par de Villepin participent de même à la dévalorisation de l’emploi des jeunes travailleurs que ces faits.

Les logiques de la droite et du MEDEF sont les mêmes qui sévissent partout en Europe : en Angleterre, en Allemagne ou encore dans les pays nordiques pour ne citer qu’eux. Il y a 5 ans maintenant, lors du sommet européen de Lisbonne, l’Union européenne s’était fixé l’objectif ambitieux du plein emploi pour 2010. On se souviendra des discours de Jospin qui avait fait sien cet objectif tout en affirmant dans le même temps que l’Etat ne pouvait rien face aux licenciements boursiers.

Cet objectif du plein emploi défini à Lisbonne vise à « allier le progrès économique et le progrès social avec comme élément important la lutte contre l’exclusion sociale ». Il s’agit dans le même temps de faire de l’UE une « économie sociale de marché la plus compétitive ». Afin d’atteindre cet objectif, il faudra créer pas moins de 22 millions d’emplois.

Les politiques mises en place visent essentiellement à déstructurer complètement le marché du travail en diminuant le coût du travail pour les entreprises et en les déresponsabilisant sur le plan social et démocratique. Les rapports successifs que commande régulièrement la droite au pouvoir avancent les mêmes idées : il faut libérer les énergies, aller vers un allègement des contraintes dans la création d’emploi et faire en sorte de simplifier les démarches jugées trop administratives. Il faut également permettre une plus grande mobilité et flexibilité des salariés et donc nous formater des le plus jeune âge. Entendons ici, précarisation à outrance et possibilité de licencier à tout va pour mieux engraisser les actionnaires. Nous sommes la première cible.

Pour aller vite la droite et le MEDEF veulent tout casser afin de lever les derniers obstacles à la mondialisation capitaliste. Devenir policier ou commercial est-il notre seul avenir ? car tant pis si les salariés trinquent et foutent en l’air leur vies. Après tout, comme dirait Laurence Parisot, nouvelle patronne des patrons, la vie est précaire. Pourtant une grande partie des jeunes rejettent les politiques de précarisation, d’austérité. Le référendum sur le traité de constitution européenne est une cinglante gifle à tous ceux qui n’ont d’yeux que pour l’offre et de la demande et la concurrence libre et non faussée. Pourtant, malgré ce revers, les gouvernements européens en général et le gouvernement français en particulier, restent sourds. Le mépris de Villepin et Sarkozy est extraordinairement scandaleux. Puisque le peuple a parlé, nous allons continuer et nous allons le mater, doivent se dire Villepin et Sarkozy, accessoirement président de l’UMP et candidat à la présidentielle de 2007.

Au lendemain du 29 mai, le nouveau gouvernement a déclaré l’emploi comme priorité numéro un. Nous l’avons déjà entendue cette chanson. Mais la pression de Parisot et de ses amis étant plus forte que celle du peuple tout entier, les solutions proposées depuis juin ont fait passer le gouvernement à la vitesse supérieure pour tout démolir au bulldozer de la rentabilité.

Vous avez ressenti comme moi l’efficacité des 100 jours de Villepin ! Un exemple l’ordonnance sur l’aménagement des règles de décompte en entreprise qui stipule que les nouveaux embauchés de moins de 26 ans ne sont plus pris en compte dans les effectifs des entreprises. Là se posent toutes les incidences sur les seuils qui ouvrent de nouveaux droits pour les salariés. Il y a ici, notamment en terme de délégués du personnel, de création de comité d’entreprise, de représentation syndicale un isolement du syndicalisme : un scandale. Les 100 jours c’est encore un peu plus de négation de l’existence et la prise en compte des jeunes dans l’entreprise et dans la société.

Le code du travail est profondément remis en cause avec le Contrat Nouvelle Embauche (CNE). Face aux prétendues contraintes administratives ou autres lourdeurs de notre modèle social, il est urgent pour le gouvernement de donner encore plus de pouvoir au patronat. Le CNE c’est un contrat qui bouleverse complètement les principes du code du travail, à savoir la protection et la sécurité des salariés dans l’emploi. Il s’agit d’un contrat à durée indéterminée avec une période d’essai de 2 ans. Il est soit disant à mi-chemin entre le CDI et le CDD. En fait le CNE est encore plus précaire qu’un CDD car aucune prime de précarité ne sera versée à la fin du contrat. Il se situe en fait au-dessous de tout et jamais les patrons n’avaient eu autant de possibilités de licencier facilement. Avec la période d’essai de deux ans, l’employeur oppresseur pourra à tout moment se débarrasser de son salarié exploité. Les procédures de licenciements sont grandement facilitées puisque aucun motif sérieux de licenciement n’est à indiquer dans la lettre de licenciement. Et puis là encore avec le CNE : merci pour obtenir un crédit, un logement sécurisé. Quel parcours de vie pour un jeune.

Autre mesure, l’accord du 7 septembre conclu entre le syndicat patronal de l’intérim, la CFDT, FO et la CGC, qui concerne l’extension des motifs de recours à l’intérim. Jusqu’à aujourd’hui le patron pouvait utiliser l’intérim dans le cadre d’un surcroît d’activité temporaire de l’entreprise notamment. Désormais le recours à l’intérim pourra s’effectuer dans l’entreprise par un complément de formation dans le cadre d’un contrat de professionnalisation et dans le deuxième cas quand il s’agira de recruter des publics en difficultés : chômeurs depuis plus de 12 mois, jeunes sans expérience professionnelle, personnes de plus de 50 ans, handicapés soit au total un tiers de la population active. Et puis ce sera le recours au privé pour placer les chômeurs, les récalcitrants.

Cette mesure et celle du plan Borloo visant à la privatisation des ANPE mettent les agences d’intérim au rang d’institutions.

C’est une nouvelle étape dans la précarisation. Avec l’obligation faite aux chômeurs longue durée d’accepter n’importe quel emploi, mêmes les plus précaires. La société française se dirige vers un modèle basé sur les contrats précaires, le CDI devenant une relique de l’histoire.

Face au problème des banlieues il est intéressant de regarder comment le gouvernement a réagi ou tenté de réagir. Face au chômage et à la précarité il ne propose rien d’autre que de nouveaux contrats d’avenir d’une durée de deux ans. Il promet à chaque jeune en difficulté un entretien à l’ANPE pour lui proposer un contrat aidé ou une formation. Dans le contexte actuel cela va se traduire par des formations bidons et des emplois sous-payés. Le comble des mesures est atteint quand Villepin annonce sur TF1, l’abaissement de l’âge de l’apprentissage à 14 ans. Et pourquoi pas à 6 ans tant qu’on y est ! Sarkozy propose bien de traquer les délinquants, les nouveaux terroristes dès la crèche.

Il y a ce parallèle inévitable entre la mise en place du couvre-feu avec l’état d’urgence comme réponse à l’autodestruction d’une partie de la jeunesse et des méthodes insupportables jamais vues dans un conflit social comme contre la SNCM. Cela démontre une nouvelle fois que le capitalisme est capable de tout mettre en œuvre pour écarter de sa route celles et ceux qui lui résistent.

Pour accompagner ces mesures et leur acceptation par tous, la politique libérale est accompagnée des actes sécuritaires visant à surveiller et punir ceux qui sont révoltés et qui n’acceptent pas d’être considérés comme du bétail hors et dans le monde du travail. 25% des moins de 25 ans sans emploi, cela structure notre rapport au travail et transperce toute la société. En terme d’emplois, l’Etat ne nous doit pas tout, nous devons construire et trouver notre place mais l’Etat a l’impérieux devoir de nous le permettre à tous. Or, nous sommes bâillonnés, exploités.

Le gouvernement nous emmène droit dans le mur. La grève devient illégale : justice douteuse avec la RTM. La société et ses logiques du tout répressif et des lois liberticides est aussi au cœur de l’entreprise. La population dans son ensemble et les jeunes plus particulièrement aspirent à bien autre chose. A la sécurisation des parcours de vie par exemple, à plus d’autonomie. 57% des 15-25 ans pensent que les raisons principales de ce qui se passe dans les quartiers vient du chômage et de la précarité, du manque de perspectives d’avenir, 60% des insultes de Sarkozy.

Une aspiration des jeunes à changer la donne.

C’est par l’extension de notre révolte, positive car partagée, large et populaire, que nous changerons le système qui oppresse tous les jeunes et leur bloque l’accès au travail.

Nous voulons une république qui favorise l’emploi et non les intérêts de la finance. Elle sera le point nodal d’une nouvelle république dans une nouvelle Europe. Cela veut dire satisfaire les hommes, leur permettre de pouvoir vivre décemment sans tomber dans la misère.

Des espaces nouveaux se libèrent avec la révolution informationnelle, l’explosion des nouvelles technologies, permettant de redéfinir la notion même de travail. Il n’y a jamais eu autant d’argent disponible aujourd’hui dans les banques et les grandes entreprises. Les profits atteignent des sommets vertigineux alors que depuis des années le chômage et la précarité s’installent durablement partout dans nos quartiers, notre pays, en Europe. N’y a t-il pas là un problème ?

Alors que les hommes pourraient posséder plus de temps pour eux (pour se former, se cultiver, s’enrichir de rencontres…) et donc travailler moins, le capitalisme, par la main du gouvernement, nous impose la flexibilité, les semaines à 50h payées 35, la précarité dans notre vie…

Contrairement aux discours de la droite, la sécurisation des parcours de vie ne passe pas par la liberté de licencier ni par la déresponsabilisation des entreprises (par des allègements fiscaux notamment) mais par l’élaboration de nouveaux droits pour les chômeurs, les jeunes et les salariés. Quel souffle nécessaire après la manifestation du 4 octobre pour les salariés, les forces progressistes doivent engager et partager.

Pour sécuriser véritablement les parcours de vie de chacun, nous avançons vers un système de « sécurité d’emploi et de formation ». Par ce système, notre mouvement entend dépasser le marché du travail pour éradiquer le chômage. Les individus doivent pouvoir être maîtres de leur destin. Ils doivent avoir la possibilité de choisir leur emploi et de pouvoir bénéficier de formation de qualité avec des salaires décents, de nouveaux droits dans l’entreprise. Il s’agit ici d’alterner périodes d’emploi et de formation sans passer par le case du chômage. Les salariés pourraient changer d’emploi en toute sécurité sans avoir peur du lendemain. Il s’agit donc d’aller bien au-delà du plein emploi proposé par les politiques européennes. Celles que valident les libéraux et « sociaux »-libéraux depuis des décennies, celles qui maintiennent toujours sous pression le marché du travail.

Avec des formations choisies, nous voulons permettre aux hommes de pouvoir approfondir leurs connaissances, de se cultiver, de poursuivre une haute formation.

Avec la sécurité d’emploi et de formation, nous voulons remettre en cause les financements actuels de l’emploi et l’utilisation de l’argent, tant au niveau de l’argent public que de celui des banques. Les entreprises, notamment les PME, sont asphyxiées par des charges financières très importantes résultantes de taux d’intérêts d’emprunt très élevés. Il s’agirait d’aider ces entreprises à créer des emplois en revoyant à la baisse leurs taux d’intérêts si elles font le choix d’investir dans l’emploi. Dans le cas contraire, si l’argent servait la spéculation, les taux d’intérêt seraient rehaussés.

L’argent utilisé ne doit donc plus servir les dividendes des actionnaires mais bien l’emploi. Il faut donc changer en profondeur le comportement et la gestion des entreprises capitalistes en leur imposant, par le rapport de forces, une gestion populaire en faveur prioritairement des jeunes. Là ou les services publics sont démantelés, nous ne demandons pas à la gauche, si elle revient au pouvoir d’abroger juste les logiques de privatisation, nous voulons élaborer avec tous de nouveaux service publics pour répondre aux besoins des jeunes, du peuple.

La banque centrale européenne (BCE) jouerait un rôle tout autre que celui qui lui est conféré dans la constitution. Nous ne devons pas lâcher notre proposition que la BCE soit sous le contrôle du parlement européen et des parlements nationaux et la demande de l’abolition des critères de Maastricht notamment. Les objectifs de la BCE doivent être le développement de l’emploi et de la formation des hommes. Pour être clair, une entreprise favorisant l’emploi stable et la formation de qualité se verrait aidée via des baisses des taux de crédit. A contrario, une entreprise continuant la spéculation boursière verrait ses taux augmentés.

Nous ne voulons pas mourir précaires, comme des sous-salariés, des sous-citoyens, naviguer entre dix mille placebos à l’emploi stable et sécurisé. Toutes ces fausses portes d’entrée qui ne sont que fumisteries d’Etat et qui laissent des milliers de jeunes à la porte de notre république.

Trop de jeunes n’ont plus aucune perspective d’avenir, noyés dans la misère et la précarité, avec des parents exploités pour des salaires de misère. Nous pouvons imaginer et nous révolter pour de nouveaux droits pour les jeunes dans de nouveaux rassemblements puisque les résistances existent.

Nous voulons être libres et autonomes.

Compte rendu de la séance plénière EMPLOI PRECARITE A TOUS LES ETAGES

Invité : Yves Dimicoli, responsable des questions économiques du PCF

Les multiples facettes de la précarité Le partage d’expériences a été au cœur des premiers échanges de cette séance plénière sur les questions de l’emploi et de la précarité. Car les vecteurs de la précarité sont multiples, et chaque jeune communiste possède un vécu en la matière.

Ont été évoqués largement le caractère de plus en plus instable des contrats de travail, avec la multiplication des Contrats à Durée Déterminée, des contrats d’intérim, et maintenant des Contrats Nouvelle Embauche, qui permettent aux entreprises de moins de 20 salariés de créer des emplois avec une période d’essai de 2 ans. Dans les faits, cela se traduit par une véritable légalisation du licenciement sans motif réel et sérieux. Mais le caractère éphémère des contrats de travail n’est pas la seule facette de la précarité : il a notamment été rappelé que beaucoup de Contrats à Durée Indéterminée revêtent un caractère précaire, par l’instauration dans le contrat de travail de clauses très contraignantes pour le salarié (clause de non-concurrence, clause de mobilité, etc …).

La précarité, c’est bien entendu également les salaires de misère, qui interdisent à des millions de travailleurs de vivre décemment. Ceci est d’autant plus criant dans un contexte particulier de crise de l’immobilier, qui voit l’accentuation des difficultés d’accès à un logement, y compris pour des personnes ne se situant pas en bas de l’échelle des salaires. Et s’il existe des millions de personnes qui gagnent trop peu, il ne faut également pas perdre de vue ces personnes qui ne gagnent presque rien. A ce propos, le mouvement des stagiaires n’est pas passé inaperçu ces dernière semaines : ainsi, a éclaté au grand jour le quotidien de ces jeunes qui enchaînent stage sur stage, alors que leur niveau d’études devraient leur permettre de trouver un travail pérenne.

D’autres aspects de la précarité ont été succinctement abordés, parmi lesquels la pénibilité au travail, qui touche notamment les salariés du Bâtiment et Travaux Publics, ainsi que les travailleurs agricoles.

Bref, les facettes de la précarité au travail sont très diverses et sont, pour certaines, vecteur d’une situation de précarité généralisée : sans emploi stable, sans emploi correctement rémunéré, le salarié se retrouve en difficulté face à l’accès au logement ou pour l’obtention d’un prêt.

Dans cette situation, il apparaît bien difficile à l’individu précarisé de se forger des projet d’avenir, et plus généralement de se construire lui-même en toute plénitude. La notion de précarité apparaît donc diamétralement opposée à la notion de bien-être.

La précarité : postulat de base du capitalisme

Pourtant, la précarisation toujours plus prononcée du marché de l’emploi profite à quelques uns. La précarité est une loi imposée par les capitalistes pour abaisser le coût du travail, afin de maximiser les profits du patronat et de l’actionnariat. Dans notre système capitaliste, le salariat n’a pour finalité que de servir les intérêts de la classe dominante : plus il sera flexible et bon marché, plus cette classe dominante s’enrichira.

Un constat négatif mais non décourageant est également fait : la précarité aurait tendance à devenir inéluctable dans la tête des travailleurs, et notamment des jeunes. La prépondérance de la pensée capitalise tend à nous faire croire que le salariat doit être malléable, corvéable, géographiquement mobile, et surtout peu avide de revendications. En somme, sécuriser les parcours professionnels, mettre en œuvre de réelles politiques de hausse des salaires, développer les droits des salariés au sein des entreprises serait soit vain, soit impossible. En somme, comme l’a annoncée la patronne des patrons, Laurence Parisot, la précarité serait une loi de la condition humaine.

Face à ces idées reçues, les jeunes communistes sont à l’offensive depuis des années, et la lutte contre la précarité est l’un des grands chantiers mené tambour battant par toutes les fédérations de notre mouvement. Car, comme cela a été rappelé, des projets alternatifs existent.

La Sécurité Emploi Formation : un projet révolutionnaire

Une large part des débats a ainsi été consacrée au concept de Sécurité d’Emploi ou de Formation, projet porté depuis quelques années par le PCF. Autour de ce concept, gravitent différents problèmes, notamment celui de ne pas résumer la SEF à un slogan. En effet, beaucoup de Partis de gauche comme de droite portent des projets qui pourraient apparaître du même tonneau, en mettant en avant, notamment, la notion très floue de plein emploi.

Dans ce contexte, il convient de se démarquer et de démontrer l’aspect réellement novateur et révolutionnaire de la SEF, et notamment son caractère de sécurisation des parcours professionnels. La SEF, qui en est encore à ses balbutiements est un projet qu’il nous faut construire, en s’appuyant sur nos expériences, nos luttes, et bien sûr sur les connaissances d’économistes progressistes, et en particulier communistes.

Car, au regard de nombreuses interventions, il apparaît qu’il existe encore de nombreuses carences par rapport à ce projet. La demande de mise en place de sessions de formation visant à expliquer les bases de ce projet, à mieux en maîtriser les tenants et les aboutissants, a été souvent exprimée au cours des débats. Car il apparaît fondamental de bien le connaître pour expliquer son caractère révolutionnaire, visant à dépasser le capitalisme, contrairement à certains concepts de plein emploi qui ne visent qu’à l’aménager, voire à le développer.

Car agiter le plein emploi comme projet de société ne suffit pas : encore faut-il savoir ce que l’on entend derrière ces 2 mots. Ainsi donc, le plein-emploi voulu par la Droite n’est en fait qu’un projet de précarisation généralisée du marché du travail, en incitant notamment les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, afin de faire légèrement diminuer le chômage tout en conservant un taux d’inactifs suffisant pour continuer à mettre le salariat sous pression.

En effet, il est évident qu’aujourd’hui, la précarisation ambiante des parcours professionnels est possible notamment par le biais de l’existence d’un fort taux de chômage, qui permet aux employeurs de mettre la pression sur leurs employés. Des économistes qui ont étudié la question ont même démontré que dans nos sociétés capitalistes, le taux de chômage optimum pour protéger les intérêts de la clase possédante se situait aux alentours de 9% de la population active.

La SEF, aurait pour finalité d’éradiquer totalement le chômage afin de lever l’épée de Damoclès qui pèse sur les parcours de vie des travailleurs. Schématiquement, les capitalistes nous donnent le choix entre un travail précarisé, et une inactivité de plus en plus mal indemnisée, notamment par le biais des coups bas portés par le gouvernement à l’assurance chômage, et le développement des moyens de flicage des chômeurs

A l’inverse La SEF permettrait de mettre en place une véritable sécurité sociale de l’emploi, permettant à tout à chacun d’alterner, tout au long de la vie, des phases de travail et des phases de formation, avec un niveau de rémunération décent.

En ce sens, la SEF met aussi en avant la problématique du bien-être au travail, ou comment passer d’un emploi subi à un emploi choisi.

Ainsi, par le biais de ce projet, c’est la place même de l’individu par rapport au travail qui est remise en question : le travail n’est plus porteur de soumission, de précarité, de rentabilité, mais au contraire de choix de vie personnels, d’épanouissement, et d’affranchissement des logiques capitalistes.

L’appropriation sociale des entreprises

Toutefois si le débat a beaucoup tourné autour de la SEF, nous avons convenu que celle-ci n’était pas une finalité, mais bien un moyen, et qu’il nous faut penser parallèlement à d’autres idées novatrices, permettant de combattre la précarité sous toutes ses formes.

C’est notamment le concept d’appropriation sociale des entreprises, rappelé par Y. Dimicoli, qui doit permettre de s’approprier la gestion et le financement des entreprises.

Au niveau de la gestion, beaucoup d’intervenants ont insisté sur la nécessité de développer les capacités d’intervention des salariés en entreprise et l’amélioration de la démocratie au sein des sociétés.

Force est de constater qu’en la matière il existe de nombreuses carences aujourd’hui : certes il existe différents droits (délégués du personnel, comité d’entreprise), mais ceux-ci restent limités. En effet, il ne faut pas perdre de vue que des millions de travailleurs français, pour être employés dans de très petites structures, n’ont pas accès à ces droits. Par ailleurs, le syndicalisme apparaît de plus en plus criminalisé, avec la volonté toujours plus prononcée de punir les actes militants dans les entreprises, qu’elles soient publiques ou privées.

Pour ce qui concerne l’appropriation du financement, il convient de faire reculer l’emprise des marchés financiers sur les entreprises, en pensant de nouveaux moyens de financement. Cela pourrait passer par la création, au niveau de chaque région, d’un fonds pour l’emploi et la formation, qui constituerait une étape pour la création de fonds nationaux.

Vers une transformation du salariat

Trois projets à mettre en œuvre de manière imminente ont également été évoqués par Y. Dimicoli :

1. La création d’une allocation d’autonomie pour la jeunesse, qui s’élèverait à 700 € par mois. Cette allocation permettrait aux jeunes de s’accorder des conditions de vie décentes. De plus, elle permettrait de lutter contre le phénomène du salariat-étudiant, qui se traduit souvent par un travail précaire (notamment par le biais du temps partiel), et qui constitue également un vecteur d’échec dans les études.

2. La transformation des emplois précaires en emplois stables correctement rémunérés. Dans ce cadre, il conviendra au préalable de mener un véritable travail de recensement les emplois précaires sur tout le territoire national. Ce travail pourrait être du ressort de structures étatiques comme l’INSEE. Toutefois, nous aurions tout intérêt, en tant qu’organisation politique, à nous y atteler également, ne serait-ce que pour nous donner une idée chiffrée de la précarisation du travail dans notre pays.

3. La sécurisation des parcours professionnels, avec par exemple, la mise en place d’un moratoire suspensif visant à bloquer les licenciements tant qu’une solution alternative louable et cohérente (de type reclassement ou formation) n’a pas été trouvée.

Ces 3 projets pourraient constituer autant de portes d’entrée vers la Sécurité Emploi Formation précédemment évoquée, pour une réelle transformation du salariat.

Croissance ou décroissance ?

La discussion s’est terminée en évoquant les concepts de croissance et décroissance.

SI l’on veut changer le monde, il convient de penser un nouveau type de croissance, en rupture avec la croissance capitaliste, qui ne vise qu’à accumuler du capital et produire des profits qui n’arrosent qu’une poignée d’individus à l’échelle de la planète.

Or, il est notable que cette conception de la croissance périclite : elle est de plus en plus lente, se fait au détriment de la majorité de la population mondiale, et constitue au final une véritable gangrène de l’humanité.

Ce constat est d’ailleurs partagé par les adeptes de la décroissance, notamment certains écologistes. Pour autant, il peut paraître un peu simpliste et lointain des réalités économiques, que d’invoquer la décroissance comme seule alternative à la croissance capitaliste.

L’émancipation humaine mondialisée, qui est le point nodal de la visée communiste, sous-entend nécessairement de faire progresser, dans une certaine mesure, les richesses produites, tout en luttant contre les gaspillages financiers, que constituent notamment les dépenses pour l’armement et les opérations financières.

Les richesses doivent être produites pour le bien-être de tous : cela passe notamment par la sécurisation et la promotion de grands services publics, mais aussi par la sécurisation et le contrôle des moyens et des finalités de progression des richesses.


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