Mouvement des jeunes communistes
outils
Dans l’enfer du couloir de la mort
Qui est Mumia Abu Jamal ???
Depuis vingt-cinq ans, Mumia Abu Jamal, journaliste noir américain, est prisonnier dans le couloir de la mort aux Etats-Unis. Accusé à tort du meurtre d’un policier, il est l’objet d’un véritable acharnement judiciaire et politique. Il faut dire que Mumia est un militant des droits humains, un progressiste ; il est le symbole d’idées, de valeurs et de combats que rejette le pouvoir américain.

Le 9 décembre 1981, vers 4 heures du matin, Mumia Abu-Jamal, responsable d’une radio libre dans la capitale de la Pennsylvanie et président de l’Association des journalistes noirs de Philadelphie, connu comme la « voix des sans voix » et chauffeur de taxi de nuit - afin d’avoir suffisamment de ressources pour vivre - découvre au coin d’une rue son frère interpellé par un policier qui semblait lui reprocher de conduire en sens interdit. Lorsque les renforts de police appelés par l’agent Faulkner arrivent, on trouve ce dernier tué d’une balle dans la tête et tout près de lui, Mumia grièvement blessé. Selon le médecin légiste - qui n’a jamais été appelé à la barre - Faulkner a été tué d’une balle de calibre 44, alors que l’arme que détenait légalement Mumia était de calibre 38. Lors du procès en 1982, le procureur fait citer plusieurs témoins affirmant avoir vu Mumia tirer sur le policier. Le procès est vite bouclé par le juge Albert Sabo, connu pour avoir à son actif le plus de condamnations à mort de tous les magistrats américains. N’ayant pas les moyens d’organiser sa défense - aux Etats-Unis, un accusé est contraint de prouver, à sa charge, son innocence - Mumia fut « défendu » par un avocat commis d’office qui ne prit même pas la peine d’interroger les témoins. Un expert en balistique cité par Mumia refusa de témoigner, car les honoraires de 150 dollars, que lui accordait le tribunal (dans le cadre d’une aide judiciaire), était « notoirement insuffisant, compte tenu de sa renommée ». Ce ne sont là que quelques unes des irrégularités qui ont conduit la voix des sans voix dans le couloir de la mort. Lorsque, au printemps 1995, le nouveau gouverneur de Pennsylvanie, le républicain Tom Ridge, signa un arrêté d’exécution de Mumia pour le 17 août de cette année là, une formidable campagne nationale et internationale contraignit les autorités de Pennsylvanie à suspendre l’exécution.

Depuis, les avocats de Mumia multiplient les recours pour obtenir un nouveau procès, un procès équitable Julia Wright, du Comité international de soutien à Mumia, a expliqué que ce n’est pas le meurtre d’un policier que l’on reproche en fait à Mumia, mais ses écrits. Elle cite un extrait du dossier du FBI établi alors que le journaliste défendait les droits des plus faibles et qu’il n’avait qu’une vingtaine d’année : « Cet individu est intelligent. Il n’a pas de casier judiciaire. Mais la nature de ses écrits est dangereuse et lui vaut de figurer dans le registre national de la Sécurité. », rassemblant au niveau fédéral les noms des personnes les plus dangereuses à placer sous haute surveillance.

Bataille juridique pour sauver Mumia printemps 1996 :

Au printemps 1996 :, dans une déclaration écrite sous serment, Véronica Jones affirme avoir vu deux personnes fuir tout de suite après les coups de feu. Elle avait menti lors du procès de 1982 parce que prostituée, elle avait été menacée de prison par la police, lui laissant entendre qu’elle ne retrouverait jamais plus sa fille qui venait de naître, si elle persistait à dire la vérité. Ce témoignage fut rejeté par le juge Sabo qui refusa de l’entendre. La presse et l’opinion publique américaines, en ayant été informées, le juge Sabo a reculé et convoqué une nouvelle audience au cours de laquelle Mumia comme Véronica Jones pourraient venir à la barre. Mais le juge a précisé que cela ne changerait en rien son verdict de condamnation à mort de 1982. Prêt à tout pour l’empêcher de témoigner, la police arrêta V. Jones pour une histoire de chèque sans provision. Libérée après avoir réussi à collecter 1500 dollars (7500 F), V. Jones put témoigner. Ce fut une première réelle victoire pour Mumia, que V. Jones ait pu raconter ce que la police lui avait fait subir pour la contraindre à mentir, et dire dans l’enceinte du tribunal que lors de la fusillade, elle avait vu deux hommes s’enfuir des lieux du crime.

4 décembre 1996 : jugement en faveur de Mumia Après que le gouverneur de Pennsylvanie ait ordonné d’intercepter et d’ouvrir le courrier judiciaire que Mumia échangeait avec ses avocats - portant atteinte à l’exercice plein et entier des droits de sa défense - , une action fut menée en justice par ses avocats. Le juge Ambrose reconnut, lors de l’audience, que la plainte de Mumia était fondée et que l’action du gouverneur avait entraîné un délai dans l’appel de première instance contre sa condamnation à mort. Ce qui devrait, en toute logique, entraîner la nullité des décisions du juge Sabo, tant concernant son rejet de l’appel en première instance que son refus de prendre en considération le témoignage de V.Jones. A la suite de ça, Maître Weinglass, avocat de Mumia, a posé auprès de la Cour Suprême de Philadelphie, un recours qui précise que « si Mumia avait eu une réelle possibilité de présenter sa défense lors du procès de 1982, la preuve aurait pu être apportée que les deux seuls témoins, qui avaient affirmé que Mumia était l’auteur des coups de feu qui avaient tué le policier Faulkner, ont tous deux bénéficié de faveurs de la police et du procureur en récompense de leur témoignage. »

juin 1997 : Mumia est extrait du couloir de la mort Extrait du couloir de la mort pour assister à une audience du tribunal de Philadelphie au cours de laquelle sera entendue le témoignage de Pamela Jenkins, une ancienne prostituée, retrouvée par les avocats de Mumia, qui a reconnu, lors d’une enquête fédérale, avoir été menacée si elle n’affirmait pas que Mumia avait tiré sur le policier Faulkner. Insistant qu’en aucun cas elle n’avait été témoin d’une quelconque fusillade. Par ailleurs, elle a rencontré en 1996, dans un squat de Philadelphie, le témoin capital de l’accusation, Cynthia White qui lui avait déclaré avoir témoigné en 1982 avoir vu Mumia abattre le policier Faulkner, sous la menace de la police. Le procureur et la police ont tenté de prouver que Cynthia White n’avait pas pu rencontrer Pamela Jenkins, puisqu’elle était morte en 1992 ! avec à l’appui un certificat de décès d’une certaine Cynthy Williams (dont ils ont prétendu que c’était un pseudo de Cynthia White). Il y a bien peu d’espoir que le juge Sabo prenne en considération le témoignage de Pamela Jenkins. Suite à l’audience à laquelle elle avait assisté, Maître Monique Weil, déléguée par le Comité de défense des Libertés et des Droits de l’homme en France et dans le monde, a déclaré que dans des conditions de droit élémentaire, ce témoignage est largement suffisant pour décider d’un nouveau procès.

Le 4 août 1997, le juge Sabo rejette le témoignage de P.Jenkins après celui de V.Jones. Depuis, les avocats de Mumia ont découvert que Cynthia White était sous surveillance permanente de la police et de petits délinquants à la solde de cette dernière, et qu’ on ne pouvait l’approcher. En décrétant sa mort, le juge Sabo a-t-il donné le feu vert à son assassinat ?

Mars 1998 : Mumia à nouveau victime de la haine de ses bourreaux. Récemment, les avocats du journaliste avaient déposé un recours auprès d’une Cour fédérale pour obtenir, ce qui est un droit dans toute démocratie, le contact sans obstacle entre le détenu et ses défenseurs, et la confidentialité de leurs entretiens. Ne pouvant pas prendre de mesures individuelles de rétorsion, les chefs de la prison de Green, où est enfermé Mumia, ont décidé de modifier le règlement général appliqué aux condamnés à mort. Ce qui s’est traduit dans les faits par le port obligatoire de la tenue de bagnard (à rayures !), la suppression du droit de posséder des livres, des documents juridiques ou des écrits personnels. Ainsi, les gardiens lui ont pris l’essentiel de ses documents manuscrits et de ses livres ;de plus, les condamnés à mort n’ont plus droit ni à la radio, ni à la TV afin d’isoler le condamné pour mieux le détruire. Depuis cinq jours, 111 détenus de la prison de Green observent une grève de la faim pour obtenir l’annulation de ces pratiques inhumaines.

Novembre 98 : rejet des recours déposés auprès de la Cour Suprême La Cour Suprême a en effet déclaré non recevables toutes les nouvelles preuves apportées par la défense . Le seul recours éventuel restant aux avocats, est la Cour Fédérale. Mais, depuis la signature par le président Clinton de la loi « d’application effective de la peine de mort », cette instance ne peut plus juger sur le fond. Plus grave encore, le gouverneur républicain de Pennsylvanie, Tom Ridge, - candidat à sa réelection - a promis à ses électeurs la signature de « l’arrêté de meurtre légal ». Cependant, l’espoir subsiste si le report prononcé par le juge Sabo en 95, sous la pression de l’opinion internationale, est suspensif et couvre tous les appels de Mumia, y compris ceux déposés au niveau fédéral. De plus, les ambitions du gouverneur Ridge, qui serait candidat à la candidature de la vice-présidence des Etats-Unis sur un ticket républicain, sont incompatibles avec une éventuelle exécution, préjudiciable à son image de marque. La solidarité s’organise La solidarité internationale a été décisive pour empêcher l’exécution de Mumia, programmée en août 95.Il faut continuer à exiger que le juge Sabo soit dessaisi de l’affaire. Il faut obtenir que le procureur permette aux avocats de Mumia d’avoir accès à tous ses dossiers. Malgré la multiplication des preuves démontrant - pour le moins - que le procès a été truqué et que la présomption d’innocence de Mumia est de plus en plus évidente, le risque demeure grand que, sans attendre, le gouverneur Ridge décide d’une nouvelle date pour l’exécution du journaliste. Il est donc essentiel de montrer au juge Sabo qu’il est sous le regard de l’opinion publique nationale et internationale. Il faut, par la pression de l’opinion publique, empêcher ce crime ! Déjà de nombreuses personnalités dans le monde - y compris le président J.Chirac et le premier ministre L.Jospin - ont indiquées suivre avec attention le sort du journaliste noir, et leur opposition à la peine de mort, notamment aux Etats-Unis, le pays qui se prétend être le meilleur défenseur des Droits humains. D’autre part, une résolution, parrainée par les groupes de la Gauche ( socialiste et vert), a été présentée au Parlement européen. Ce texte invite notamment les Etats-Unis à abolir la peine capitale, lance un appel pressant au gouverneur de Pennsylvanie de ne pas signer un nouveau mandat d’exécution et réclame un nouveau procès pour la « voix des sans-voix ». Le journaliste noir peut, à tout moment, être victime d’un arrêté d’exécution, dont l’effet immédiat serait l’isolement total et la confiscation de ses documents personnels. Dans cette éventualité, Mumia consacre tout son temps à l’achèvement de sa maîtrise de sociologie et à la rédaction de textes sur la vie et la mort dans les prisons américaines. Son dernier ouvrage en date, « La Mort en fleurs », qui vient d’être publié en France, est un de ces livres rares qui font du plaidoyer pour la vie un message d’espoir auquel nul ne peut rester indifférent.

fin janvier 99, s’est déroulé dans le New Jersey un concert de rock en soutien au journaliste noir qui a rassemblé 20 000 personnes et a vu la participation de groupes tels que The Beastie Boys, Rage against the machine, Bad Religion et Black Star. Ce concert, qui s’est joué à guichet fermé, a rapporté environ 400 000 F pour la défense de Mumia. Tout ceci dans un climat de haine détestable, puisque le gouverneur du New Jersey, Christie Whitman, avait en vain lancé un appel au boycott du concert, et le président de la minorité démocrate au Sénat, quant à lui, avait réclamé la saisie des sommes collectées. Le 24 avril prochain, Mumia Abu Jamal aura 45 ans. C’est aussi le troisième anniversaire de la loi « pour la peine de mort effective » signée par Bill Clinton, restreignant les possibilités de recours. A cette occasion, plusieurs organisations américaines appellent à une marche géante - 1 million de personnes sont attendues - pour exiger la révision du procès. Le Comité de soutien international à Mumia Abu Jamal (COSIMAPP), lance un appel à contribution pour une participation financière afin de répondre aux besoins pressants que nécessite la défense de Mumia (audiences, experts, enquêteurs,...).

En décembre 2001, le juge Yohn avait décidé de casser la condamnation à mort de Mumia Abu Jamal. Cette première victoire a été possible grâce à la mobilisation internationale. Depuis, le gouvernement américain a fait appel, mécontent que l’exécution de Mumia soit empêchée. Ce dernier est maintenu en détention dans le couloir de la mort.

Cet acharnement à le détruire ne se dément pas. La Cour Suprême de Pennsylvanie a rejeté tous les appels de ses avocats, au motif qu’ils seraient hors délai. Un prétexte dérisoire quand on sait qu’il n’a jamais été donné à Mumia la possibilité de faire valoir sa défense. Il n’a jamais obtenu le véritable procès auquel il avait droit. Jusqu’à présent, la justice américaine a refusé d’entendre les preuves et les témoignages qui, au fil des ans, l’innocentent, y compris les aveux d’Arnold Beverly qui a révélé être l’auteur du crime dont est accusé Mumia. La ténacité de sa défense et de l’engagement sans relâche de ses soutiens ont toutefois réussi à imposer à ce qu’une Cour d’Appel Fédérale accepte enfin d’examiner trois requêtes portant sur le non-respect de ses droits constitutionnels. Cela débouchera-t-il sur un nouveau procès et sa libération ? C’est en tout cas l’enjeu fondamental des prochains mois.

Mumia est dans une situation extrêmement préoccupante. Les millions de personnes qui, en France et dans le monde, réclament justice pour Mumia sont indignées par son maintien dans le couloir de la mort et par les risques qu’il encourt. Mais par deux fois, la mobilisation internationale a permis d’empêcher l’exécution de Mumia.

La situation de Mumia pose la question du système judiciaire qui prévaut aux Etats-Unis. Quel est ce système qui permet que des dénis de justice aussi graves que celui dont est vicitime Mumia, puissent encore exister ?


haut de page
contact | Logiciels libres | Plan du site
MJCF : 2, pl de Colonel Fabien 75019 PARIS - télephone : 01.40.40.12.45